Procès Paty: interview choc de l’avocat d’Abdelhakim Sefrioui

David Bizet
12:0328/01/2026, Çarşamba
Yeni Şafak

Dans une interview exclusive, Maître Francis Vuillemin, avocat d’Abdelhakim Sefrioui, dénonce une discrimination religieuse dans l’affaire Samuel Paty. Il affirme que les pratiques pédagogiques du professeur, documentées par plusieurs témoignages, posent un problème juridique. L’avocat réfute tout lien de causalité avec le terroriste et critique des peines jugées disproportionnées. Nouvelle Aube publie l’intégralité de ses propos, volontairement déformés par d’autres médias, dans un souci de journalisme honnête.

Le
procès en appel
de l’
affaire Samuel Paty
continue de susciter une vive tension médiatique et politique en France. Au cœur des débats, la condamnation d’
Abdelhakim Sefrioui
à 15 ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste, malgré l’absence de lien direct avec l’auteur de l’assassinat du professeur d’histoire-géographie.

Dans une
interview exclusive accordée à Nouvelle Aube
,
Maître Francis Vuillemin
, a
vocat d’Abdelhakim Sefrioui
, livre une défense structurée, juridique et assumée.

Une parole largement résumée, tronquée ou déformée par plusieurs médias français, selon l’avocat lui-même, et que
Nouvelle Aube
a fait le choix de restituer dans son intégralité, conformément à ses principes de journalisme honnête, rigoureux et respectueux du contradictoire.

Contrairement à certaines présentations médiatiques,
Maître Vuillemin
ne justifie à aucun moment l’assassinat de Samuel Paty. Il affirme même explicitement l’inverse. Son propos s’articule autour d’un point central : l’existence d’une discrimination religieuse, documentée selon lui par le dossier judiciaire, et la question du lien de causalité réel entre l’indignation de son client et le passage à l’acte terroriste.

Une accusation de discrimination, “départ” de l’affaire Paty


Maître Vuillemin
aborde frontalement ce qu’il considère comme un tabou médiatique et judiciaire: les pratiques pédagogiques mises en œuvre par
Samuel Paty
avant son assassinat.

Selon l’avocat, le professeur demandait régulièrement aux élèves musulmans de se signaler en levant la main, avant de leur proposer de quitter la salle de classe lors de la projection de
caricatures du prophète de l'islam
.

"À partir du moment où un professeur dans une salle en France demande à des élèves de se désigner en levant la main en fonction de leur religion pour ensuite les inviter à sortir de la classe, il procède à une discrimination en fonction de la religion des élèves"
, affirme Maître Vuillemin.

L’avocat précise que cette affirmation ne repose pas sur un témoignage isolé, mais sur une vingtaine de témoignages concordants, issus de plusieurs classes et recueillis sur plusieurs années, depuis 2017. Ces éléments figureraient, selon lui, au dossier d’instruction.


Maître Vuillemin parle ainsi d’une
"discrimination systématique"
, qu’il estime incompatible avec les principes républicains, la laïcité scolaire et le droit français.

Une caricature "obscène" et incompréhensible


Au centre de la polémique se trouve une caricature précise, décrite par l’avocat dans des termes particulièrement forts.


Maître Vuillemin la qualifie de
"particulièrement obscène, presque pornographique"
. Il la décrit ainsi:

"Mahomet à quatre pattes, les testicules apparents, le sexe pendant dégoulinant avec une étoile jaune plantée dans les fesses".

L’avocat affirme ne pas comprendre le sens humoristique ou pédagogique de cette image.


"On ne sait même pas ce que ça veut dire cette caricature. Je ne sais pas où est l'humour".

Selon lui,
Samuel Paty
aurait cherché à protéger les élèves musulmans du choc de cette image, mais en procédant de cette manière, il aurait créé une situation juridiquement problématique.

"Samuel Paty n'a pas cherché son sort"


Conscient de la charge émotionnelle extrême de l’affaire, Maître Vuillemin insiste à plusieurs reprises sur un point qu’il juge fondamental et qui, selon lui, a été déformé par certains médias.


"Samuel Paty n'a pas bien cherché son sort. Il n'a jamais mérité l'horreur qui lui est arrivé".

L’avocat réfute catégoriquement toute tentative de justification de l’assassinat.


"Ce n'est pas parce que l'horreur du crime est spectaculaire que ça doit interdire à la défense de plonger dans le dossier et d'en extraire la seule réalité, à savoir cette discrimination".

Pour étayer son raisonnement, Maître Vuillemin pose la question :


"Qu'aurait-on dit s'il avait demandé aux catholiques de lever la main pour sortir ensuite afin de montrer une caricature de Jésus-Christ à quatre pattes ? Qu'aurait-on dit si un professeur demandait aux élèves juifs de lever le doigt pour montrer Moïse dans cette posture ?".

Aucun lien de causalité avec le terroriste


Autre point important, selon Maître Vuillemin, son client
Abdelhakim Sefrioui
ne cite jamais le nom de Samuel Paty dans la fameuse vidéo présentée par l'accusation comme étant le point de départ de cette affaire.

Il n’appelle jamais à la violence et demande uniquement des
"sanctions administratives".

"Il ne connaissait pas le terroriste, le terroriste ne le connaissait pas"
, répète l’avocat.

Par ailleurs, Maître Vuillemin indique que
"la vidéo n'a pas été vue par le terroriste, c'est établi dans le dossier".

Des peines jugées disproportionnées et incohérentes


Maître Vuillemin
compare notamment la peine infligée à son client à celle de
Priscilla Mangel
, connue sous le pseudonyme "Cicatrice sucrée".

"Comment expliquer qu'une personne en contact direct avec le terroriste, qui l'incite à l'acte, prenne 3 ans avec sursis, tandis que mon client, qui n'a jamais eu de contact avec lui, prend 15 ans ?"
, s’interroge l’avocat.

Un procès sur le droit à l’indignation des musulmans


Il y voit un procès sur
"le droit des musulmans à s'indigner lorsque leur dignité est mise en cause".

"M. Sefrioui est un défenseur des droits civiques et civils des musulmans. Il n'a jamais été condamné pour violence"
, rappelle-t-il.

"La discrimination, c'est toute distinction en fonction de la race supposée, de la religion, de l'orientation sexuelle, du handicap. Je ne fais que reprendre ce que dit la loi française et qu'a méconnu Samuel Paty".

Une défense "inaudible médiatiquement"


"L'horreur du crime écrase le dossier. Ça interdit de dire certaines vérités qui figurent pourtant dans la procédure".

Il dénonce également la manière dont certains médias ont résumé ou déformé sa défense, laissant croire qu’il aurait affirmé que Samuel Paty avait
"bien cherché son sort"
, ce qu’il nie formellement.

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