Cameroun: la brique de terre, l’autre visage de la construction durable

La rédaction
16:306/05/2026, mercredi
MAJ: 6/05/2026, mercredi
Yeni Şafak

À Messebe, dans le 7e arrondissement de Yaoundé, la start-up Mo’o Terracotta Sarl mise sur l’argile locale pour produire des briques, pavés et carreaux en terre cuite. Cette alternative au béton et aux matériaux importés séduit par son coût, sa durabilité et ses qualités thermiques. Les fondateurs Jules Théodore Onana et Lazare Ohandja veulent valoriser une ressource disponible au Cameroun et développer une construction plus écologique, plus locale et mieux adaptée au climat.

À Messebe, dans le 7e arrondissement de Yaoundé, une terre rouge transforme peu à peu les habitudes de construction au Cameroun. Dans leurs ateliers, de jeunes ouvriers façonnent à la main des briques, des pavés et des carreaux en argile locale.

Cette alternative écologique, économique et durable séduit de plus en plus de Camerounais. Immersion dans l’univers de ces bâtisseurs de terre.


À Yaoundé, l’argile locale devient un matériau d’avenir


À Messebe, à Mkolbisson, la terre rouge tranche avec le vert dense de la forêt. Dans des ateliers construits eux-mêmes en briques de terre, de jeunes ouvriers moulent à la main des briques en terre cuite, sous le regard attentif de Jules Théodore Onana.

Cofondateur de la start-up Mo’o Terracotta Sarl, ce briquetier supervise la production tout en préparant les prochaines livraisons.

"Oui allô! Trouve la voiture, tu m’appelles. C’est une tonne et demie pour porter ça. Je veux que ce soit porté aujourd’hui. Vous allez me donner le prix"
, lance-t-il au téléphone.

À peine l’appel terminé, il retourne auprès des ouvriers.

"Tu peux faire, tu démoules. Quand tu fais, tu plies. Ça part, tu enlèves. Tu comprends un peu non? Quand tu tires, tu plies seulement, ça quitte automatiquement"
, explique-t-il à l’un d’eux.
Devant une motte d’argile, il poursuit:
"Prends la quantité d’argile pour le moule. Quand tu prends beaucoup, ce n’est pas nécessaire. Tu prends une quantité qui suffit dans le moule et tu sors ta brique".

Sur un présentoir, les briques déjà fabriquées sèchent lentement. Jules Théodore Onana en saisit une.

"C’est très dur. Vous voyez"
, dit-il, avant de préciser:
"Ici, c’est en train de sécher. Toutes ces briques-ci".

La cadence s’accélère. Les pavés s’empilent les uns après les autres. La commande en cours est importante.

"Nous sommes en train de produire les pavés. On a eu une grosse commande de pavés pour le sol. Environ 15.000 que nous sommes en train de produire"
, explique-t-il.

Une alternative écologique au béton importé


La fabrication suit plusieurs étapes. L’argile est d’abord extraite, puis pétrie et malaxée jusqu’à devenir homogène. Elle est ensuite transportée vers les tables de travail, avant le démoulage.

"Cette brique-ci, malgré qu’elle soit séchée, contient encore assez d’eau. C’est le petit feu qu’on met avant le grand feu qui permet d’évacuer toute cette eau. Ensuite, on lance le feu"
, détaille Jules Théodore Onana.

L’argile utilisée ne contient aucun additif.

"Ici, c’est uniquement de l’argile rouge. Aucun mélange. Juste pétrie, bien pétrie. Il n’y a aucune substance, ni mélange à l’intérieur"
, affirme-t-il.

Dans ce cadre verdoyant de Messebe, l’ambiance reste bon enfant. Lazare Ohandja, briquetier et cofondateur de la start-up, veille lui aussi à la qualité du travail.

"Il faut caresser le carreau. Pas que tu le frappes ici et que les angles se cassent"
, lance-t-il à un jeune employé.

Devant un immense four en terre cuite rouge, il explique la phase de cuisson.

"Là, on a chargé le feu pour une cuisson des carreaux et des briques. Ce sont des carreaux particuliers. On va les faire cuire et expérimenter pour la pose"
, indique-t-il.

Mo’o Terracotta mise sur une production locale


Lazare Ohandja explique avoir choisi ce métier pour répondre à une dépendance coûteuse aux matériaux importés.

"Au Cameroun et en Afrique, pourquoi importe-t-on toujours les carreaux? On achète toujours les carreaux pour les ramener. Il y a les coûts de la douane, il y a beaucoup de paramètres"
, souligne-t-il.

La start-up fabrique aujourd’hui plusieurs produits: plaquettes, tomettes, tuiles, pavés, carreaux et briques. Les briques, très demandées, coûtent entre 200 et 400 francs CFA.

Pour Lazare Ohandja, l’argile représente une véritable opportunité économique.

"Chacun de nous a de l’argile derrière sa maison. La terre argileuse est une opportunité pour le Cameroun. Elle peut même nourrir son homme"
, estime-t-il.

Après la cuisson, les carreaux perdent toute leur eau et deviennent solides. Ils sont ensuite lavés avant d’être utilisés.

Selon lui, ces matériaux présentent aussi un avantage thermique.

"Dans la journée, ça absorbe la chaleur. Dans la nuit, ça laisse cette chaleur, donc ça crée une température ambiante. Maintenant, il fait légèrement frais dedans, par rapport à l’extérieur"
, explique-t-il.

Des briques pour construire plus frais et plus durable


Dans la cour des ateliers, une structure en briques rouges sert de zone de test grandeur nature.

"Il y a plusieurs types de briques. Il y a les briques de construction, les briques de décoration, les briques de four, les briques de sol, les briques d’extérieur et de fondation. Il y a tout"
, explique Jules Théodore Onana.

Non loin de là, un chantier permet d’observer l’utilisation concrète de ces blocs de terre cuite. Les murs d’un bâtiment s’élèvent déjà.

Atangana, maçon spécialisé, explique que la construction est réalisée à 70% en blocs de terre cuite, afin de préserver la fraîcheur à l’intérieur.

"Je suis en train d’élever avec le sable fin argileux, surtout le sable fin argileux, pour avoir une bonne adhérence entre le bloc et le ciment"
, détaille-t-il.

Pour lui, l’avantage principal est clair.

"Ça vous éloigne beaucoup plus de la chaleur"
, affirme-t-il.

Dans un pays où le béton domine encore largement la construction, la terre rouge reprend peu à peu sa place. À Yaoundé, elle apparaît désormais comme une promesse d’avenir, bâtie à même le sol camerounais.


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