Au Cameroun, les taxis-brousses à l’assaut des routes oubliées

La rédaction
18:1327/04/2026, Pazartesi
Yeni Şafak

Au Cameroun, les taxis-brousses constituent un moyen de transport indispensable pour relier les zones rurales enclavées. À Yaoundé, chauffeurs et passagers affrontent des conditions difficiles : véhicules vétustes, routes dégradées et longs trajets éprouvants. Entre surcharge, pannes mécaniques et pistes impraticables, ces trajets relèvent souvent de l’exploit. Malgré tout, ces conducteurs poursuivent leur activité pour survivre économiquement. Reportage sur une réalité quotidienne marquée par la débrouille et la résilience.

À Yaoundé, ils attendent sous des hangars brûlants, moteurs allumés ou capots ouverts. Vieilles berlines japonaises rafistolées, minibus fatigués, chauffeurs débrouillards et passagers résignés… Les taxis-brousses restent, au Cameroun, l’un des rares moyens de rallier les villes aux localités enclavées. Direction Makak, dans le Nyong-et-Kellé, pour un voyage éprouvant au cœur des pistes oubliées.


À la gare routière de Yaoundé, située au lieu-dit premier échangeur NVAN, dans la zone industrielle du quartier AHALA, non loin de la nationale numéro 1, l’agitation est déjà bien installée. Des toits de hangars luisent sous le soleil, sous lesquels attendent les véhicules en direction de leur destination. Devant ces hangars, le drapeau du Cameroun flotte au vent et de vieux véhicules, Carina-E, Avensis, Hiace, tous sollicités pour leurs moteurs résistants et puissants, leurs longs châssis et leur capacité à contenir bagages et passagers, sont alignés par destination.


Particularité de ces taxis-brousses: des véhicules à carrosserie renforcée, suspensions élevées et galeries montées en fer forgé pour supporter davantage de bagages.


Samnick Antoine Miller, chauffeur de taxi-brousse, plus par nécessité que par vocation, fait charger sa Carina-E par un "chargeur". Ce sont ces individus que l’on rencontre dans les gares routières du pays. Ils accostent les voyageurs, les aident à transporter leurs bagages et les chargent dans un véhicule correspondant à leur destination. Ils vivent de ce petit métier.


S’adressant à ce dernier, il lui dit:
"Il y a deux ou trois personnes derrière"
, puis ajoute :
"Mets-moi ça ici, parce que je ne veux pas le contrepoids derrière".

Samnick Antoine Miller, conducteur d’une Carina-E en fin de vie, effectue les dernières vérifications avant le départ:
"Moi, ma façon de travailler… une personne devant, quatre derrière. Ceux qui ne veulent pas, vous partez à pied. Et voyez comment je surcharge la voiture pour essayer de gagner plus. Parce que si tu ne gagnes pas plus… nous ne sommes plus à l’époque des carburateurs. Aujourd’hui, c’est l’injection, tu consommes quoi qu’il arrive".

À l’aide d’une longue ficelle, il attache les bagages pour éviter qu’ils ne tombent pendant le trajet. Il évoque ensuite les difficultés:
"Il y a des localités à 30, 40, 80 voire 100 kilomètres avec des routes impraticables. L’activité est très difficile".

Il poursuit:
"Parfois, le frein n’existe plus, on met le caillou… c’est la misère, c’est la galère".

Un second chauffeur, Benjamin Ngan, conducteur d’un Hiace de 18 places, termine le chargement. Les passagers sont serrés, les bagages entassés. Il lance:
"Bon, nous prenons la route".

Sur la piste de Nkeng-Likok, il explique:
"La route de Makak est dans un piètre état. C’est impraticable, surtout en saison de pluie".

"Faire ce parcours relève de l’exploit"
, ajoute-t-il.

Malgré les difficultés:
"On essaie de joindre les deux bouts. L’entretien du véhicule prend la majorité de nos revenus".

Fort de 25 ans d’expérience, il confie:
"Je suis le doyen de la ligne… bientôt, je vais tirer ma révérence".

La route devient plus étroite, les secousses plus violentes. Il précise:
"Quand il pleut, il faut maîtriser la route. Sinon, c’est impossible".

Après plusieurs arrêts et kilomètres éprouvants, le véhicule atteint Makak. Mais une panne immobilise le car.


Benjamin conclut:
"C’est l’état de la route. Les secousses provoquent des fuites au niveau du radiateur".

Dans la nuit tombante, le voyage s’arrête ici… jusqu’au prochain départ.


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