Chine: zéro droit de douane pour 53 pays africains

Moussa Hissein Moussa
18:0024/02/2026, Salı
MAJ: 24/02/2026, Salı
Yeni Şafak

La Chine supprimera les droits de douane pour 53 pays africains à partir du 1er mai, consolidant son rôle de premier partenaire commercial du continent. Seul l’Eswatini, qui reconnaît Taïwan, est exclu. Cette décision s’inscrit dans une stratégie géopolitique plus large liée à l’initiative "Belt and Road". Si l’ouverture commerciale offre des opportunités d’exportation, elle soulève aussi la question de la souveraineté économique africaine et du risque de dépendance structurelle.

À partir du 1er mai, la Chine supprimera les droits de douane sur les importations en provenance de 53 pays africains. L’annonce a été faite par le président chinois Xi Jinping lors d’un sommet organisé au siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, en Éthiopie. Une décision qui marque un tournant dans les relations commerciales sino-africaines et qui suscite déjà de nombreuses interrogations stratégiques.


Une seule exception figure sur la liste : l’Eswatini. Ce petit royaume d’Afrique australe demeure le seul État africain à reconnaître officiellement Taïwan. Dans le contexte de la rivalité diplomatique entre Pékin et Taipei, cette exclusion confirme que la politique commerciale chinoise s’inscrit dans une logique géopolitique assumée.


Premier partenaire commercial de l’Afrique


Depuis plusieurs années, la Chine applique déjà un régime de tarifs zéro à 33 pays africains, principalement classés parmi les pays les moins avancés. L’élargissement à 53 États couvre désormais la quasi-totalité du continent, renforçant la position de Pékin comme premier partenaire commercial de l’Afrique.


En 2023, le volume des échanges sino-africains avait dépassé les 280 milliards de dollars, selon les données officielles chinoises.


Cette suppression des droits de douane vise à faciliter l’accès des produits africains au marché chinois, notamment dans les secteurs agricoles, miniers et manufacturiers.


Pour plusieurs économies africaines en quête de diversification, cette ouverture pourrait représenter une opportunité d’augmentation des exportations et de réduction des déficits commerciaux.


Une stratégie commerciale au cœur de la compétition mondiale


Au-delà du geste économique, cette décision s’inscrit dans une stratégie globale. À travers l’initiative "Belt and Road", la Chine a investi massivement dans les infrastructures africaines : ports au Kenya et en Tanzanie, chemins de fer en Éthiopie, zones industrielles en Égypte, projets énergétiques en Afrique centrale.


Cette diplomatie des infrastructures a consolidé l’influence chinoise sur le continent. En facilitant désormais l’accès au marché chinois, Pékin complète un dispositif articulé autour du financement, de la construction et de l’intégration commerciale.


Dans le même temps, les États-Unis ont adopté une posture plus protectionniste ces dernières années, notamment durant l’ère Trump marquée par des hausses tarifaires et une réorientation des priorités commerciales.


Bien que Washington maintienne certains mécanismes préférentiels comme l’AGOA, l’initiative chinoise apparaît aujourd’hui plus expansive et structurée.


L’Afrique se retrouve ainsi au centre d’une compétition stratégique entre grandes puissances. Les choix économiques deviennent des instruments d’influence diplomatique.


Souveraineté économique africaine: levier de croissance ou risque de dépendance ?


Pour les pays africains, la question centrale demeure celle de la souveraineté économique. La suppression des droits de douane pourrait stimuler la transformation locale et encourager l’industrialisation si elle s’accompagne de politiques nationales ambitieuses.


Cependant, plusieurs économistes soulignent un risque : celui d’une spécialisation accrue dans l’exportation de matières premières, au détriment d’une montée en gamme industrielle. La structure actuelle des échanges sino-africains reste largement dominée par les hydrocarbures, les minerais et les produits agricoles bruts.


La capacité des États africains à tirer profit de cette ouverture dépendra de leur stratégie interne : renforcement des chaînes de valeur locales, amélioration de la compétitivité, investissements dans la formation et l’innovation.


L’Union africaine, engagée dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), pourrait jouer un rôle clé dans la coordination des politiques commerciales. Une meilleure intégration régionale permettrait d’augmenter le pouvoir de négociation du continent face à ses partenaires extérieurs.


Offre des opportunités ou choix stratégiques


En définitive, l’initiative chinoise ouvre un nouveau chapitre des relations économiques afro-asiatiques. Elle offre des opportunités réelles mais impose également des choix stratégiques déterminants.


L’enjeu dépasse le simple commerce: il touche à la capacité du continent à transformer les dynamiques externes en moteur autonome de développement.


L’Afrique ne se trouve pas seulement au cœur des rivalités globales. Elle se situe à un moment décisif de son histoire économique. La manière dont les capitales africaines répondront à cette ouverture commerciale déterminera si elle constitue un levier d’émancipation ou une nouvelle forme d’interdépendance asymétrique.


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