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Crise anglophone au Cameroun: fin des hostilités ou espoir mort-né ?

La rédaction
19:00 - 22/05/2024 Çarşamba
MAJ: 10:54 - 21/05/2024 Salı
Yeni Şafak
Crédit Vidéo : Franck Péraise Mballa / Nouvelle Aube
Début mai Capo Daniel, ancien chef des Ambazonian Defence Forces (ADF), l’un des principaux groupes séparatistes, a appelé à un cessez-le-feu et à des négociations directes avec Yaoundé.

Le Cameroun anglophone est en proie à un conflit armé depuis 2017, qui a fait plus de 6 000 morts et plus de 700 000 déplacés. Les combats opposent les séparatistes anglophones, qui réclament l’indépendance des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, aux forces gouvernementales camerounaises.

Le 4 mai 2024 dernier, Capo Daniel, ancien chef des Ambazonian Defence Forces (ADF), l’un des principaux groupes séparatistes, a appelé à un cessez-le-feu et à des négociations directes avec Yaoundé. Cette déclaration a été saluée par certains comme un pas dans la bonne direction, mais elle a également été rejetée par le gouvernement camerounais, qui la qualifie de
"non-événement"
.

Un appel à la désescalade et à la raison


"Ce que Capo Daniel a fait, c’est un pas dans la bonne direction"
, affirme Nkongho Félix Agbor Balla, avocat camerounais et directeur du Centre pour les droits humains et la démocratie en Afrique.

"C’est ce que la plupart des habitants modérés des régions anglophones demandent aux groupes armés de faire : appeler à un cessez-le-feu, déposer les armes et voir comment nous pouvons amener le gouvernement à s’engager dans des négociations plus sérieuses et plus globales, parce que les victimes sont les civils anglophones."

L’appel de Capo Daniel est surtout un signe que la lassitude de la guerre commence à s’installer au sein des séparatistes. En effet le constat est clair : les combats n’ont pas permis d’obtenir les résultats escomptés, et les populations civiles sont les premières victimes du conflit ; ceux qui disaient vouloir défendre les droits des anglophones, sont devenus ceux qui les bafouent, affirment certains observateurs.
Ce qui entraîne un rejet de plus en plus criard de la part des populations qui quelques fois ont osé manifester leur mécontentement, ce qui s’est plusieurs fois soldé par des représailles émanant des séparatistes. De plus, les divisions au sein des groupes séparatistes s’accentuent, ce qui affaiblit leur cause.

Aussi l’appel du leader séparatiste apparaît comme une aubaine pour toutes les parties concernées, mais surtout pour les familles déplacées dans les régions environnantes et au Nigeria.


Des réactions mitigées et des positions tranchées


L’appel de Capo Daniel a été accueilli avec prudence par la communauté internationale. L’Union africaine a appelé à un dialogue inclusif entre le gouvernement camerounais et les séparatistes, tandis que les États-Unis ont exhorté les deux parties à faire preuve de retenue et à s’engager dans des négociations de paix.


Cependant, le gouvernement camerounais a jusqu’à présent rejeté l’appel de Capo Daniel, le qualifiant de simple opération de communication.
"Un gouvernement légitime ne discute pas avec des bandits"
, a déclaré le ministre camerounais de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji.

Les terroristes doivent cesser de rêver et doivent se rendre sans préalable. Un gouvernement légitime ne discute pas avec des bandits.

Yaoundé continue d’exiger la reddition totale des séparatistes et refuse de négocier sur la question de l’indépendance.
Cette position ferme est cependant fustigée par certaines organisations de la société civile et par une frange importante de la population qui estiment que le gouvernement ne devrait pas négliger cette main tendue par le groupe le plus important des mouvements séparatistes ambazoniens.

Des obstacles persistants et un chemin vers la paix semé d’embûches


Un règlement pacifique du conflit anglophone nécessitera des compromis des deux parties. Le gouvernement camerounais devra accepter de négocier avec les séparatistes et éventuellement faire des concessions.
Les séparatistes, quant à eux, devront renoncer à l’indépendance et accepter de travailler dans le cadre d’un Cameroun uni.

"Nous sommes vers la fin des hostilités de la crise anglophone dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest"
, soutient le Dr Chuo Walters, spécialiste de la crise anglophone.

"Parce que Capo Daniel qui est le porte-parole d’Ambazonian Defence Forces qui est l’un des groupes les plus meurtriers et le plus dangereux en Région du Nord-Ouest lui-même a estimé que ses éléments sont pourchassés dans les villages du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Au niveau international on n’a pas reconnu l’état d’Ambazonie et l’idéologie sécessionniste ne prospère plus. Donc il a estimé qu’il est tant qu’il se prononce."

Le Dr. CHUO WALTERS souligne dans son propos au final que, les combattants sécessionnistes sur le terrain sont désillusionnés par l’absence de résultats tangibles de leurs actions, tandis que les populations locales continuent de subir de lourdes pertes humaines et matérielles. Cette analyse met en lumière les défis persistants du conflit et souligne la nécessité d’une approche concertée pour parvenir à une résolution pacifique qui garantisse la sécurité et le bien-être des populations affectées.


Par
Franck Péraise Mballa

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