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France: la couverture médiatique de l'offensive israélienne à Gaza pose la question de l'indépendance de la presse

La guerre démarrée par Israël après l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre dernier, a crispé l'opinion publique, en France comme ailleurs.

14:56 - 14/12/2023 jeudi
MAJ: 15:45 - 14/12/2023 jeudi
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Une femme palestinienne de la famille Ashour porte le corps de son bébé tué lors d'un bombardement israélien, le 14 décembre 2023, à l'hôpital Najar de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.
Crédit Photo : MAHMUD HAMS / AFP
Une femme palestinienne de la famille Ashour porte le corps de son bébé tué lors d'un bombardement israélien, le 14 décembre 2023, à l'hôpital Najar de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

Mais si de tout temps, les guerres armées se traduisent par des guerres de communication entre les belligérants, la question palestinienne, celle de la colonisation et plus globalement du conflit israélo-palestinien, provoquent des réactions virulentes dans l'Hexagone.


La presse mainstream n'est à ce titre pas épargnée par les tensions même si les lignes éditoriales de nombre de médias, sont clairement acquises à la politique menée par Israël.


Et la concentration des médias n'aide pas à maintenir une certaine pluralité sur les antennes, où trop souvent, les éléments de langage de l'armée israélienne sont repris en boucle sans aucune contradiction, ni remise en question.


Pour ne citer qu'eux, Patrick Drahi, Vincent Bolloré, ou encore Bernard Arnault, ont ainsi marqué les médias qu'ils détiennent en s'assurant d'y présenter le conflit avec un œil bien précis, permettant notamment à Israël de jouer le beau rôle.

Si la France et plus globalement l'Union européenne (UE) considèrent le Hamas comme un groupe terroriste, la presse a naturellement pris beaucoup de distance avec les éléments de communication du mouvement, sans manquer de l'accuser de se livrer à de la
"propagande"
.

Mais lorsqu'il s'agit de l'armée israélienne, les médias utilisent son narratif comme s'il était vérifié et incontestable, qu'il s'agisse du bilan, comme du descriptif de certaines attaques.

Dans un entretien à Anadolu, le professeur Tariq Ramadan, note que
"la presse relate ce qui s'est passé le 7 octobre sans aucune distance sur les faits alors même que des témoins israéliens et un journal israélien comme Haaretz, disent que ça ne s'est pas passé de cette façon dans la rave party".

Prenant l'exemple de Vincent Bolloré à la tête de nombreux titres de presse dont le JDD, Europe1, et le groupe Canal+, l'écrivain relève:


Qui tient aujourd'hui les moyens d'information, voir même les moyens de publication? Ce sont des milliardaires qui ont une puissance financière incontestable.

Tariq Ramadan estime, à cet effet, qu'il
"y a des riches qui tiennent les moyens de communication, qui imposent une certaine ligne et qui exercent une terreur sur tous les esprits libres et toutes les pensées à tel point qu'on n'ose même plus parler".
Et de poursuivre:

L'expérience américaine au Vietnam a mis en évidence qu'on ne gagne pas une guerre si on ne sait pas gérer la couverture médiatique.

S'agissant des informations relayées dans la presse de certains pays dont la France, Tariq Ramadan se demande
"si les informations sont occidentales ou si elles viennent directement de Tel Aviv".

"Qui est ce qui relaie de façon aussi acceptable, aussi unilatérale, alors qu'on sait que les Israéliens, dans leur couverture médiatique, ont menti?"
, s'interroge-t-il.

La guerre des "fake news"


Dans cette guerre de communication entre les deux parties du conflit, on a vu apparaître dans la presse un certain nombre d'articles, d'interviews et de déclarations, dont le contenu a été fait pour choquer.


Ainsi, après une longue enquête, le journal Libération révélait début décembre que plusieurs narratifs servis à l'opinion publique, étaient en réalité de fausses informations.

"Deux mois après l'attaque terroriste du Hamas, le bilan presque définitif confirme que certaines horreurs alléguées, parfois relayées hâtivement au plus haut niveau pour obtenir le soutien international, n'ont pas eu lieu"
, écrit le quotidien à cet effet.

Le service de Fact-checking de Libération, CheckNews, souligne que le compte officiel de l'État d'Israël a notamment relayé une information selon laquelle 40 bébés israéliens auraient été tués par le Hamas.


Selon CheckNews,
"ce tweet est le début d'une "campagne" qui a mis en avant de nombreuses allégations d'exactions contre des enfants, et souvent des bébés. Dans le but de rallier le soutien de l'opinion israélienne, mais aussi internationale, aux représailles visant Gaza".

L'assassinat de ces bébés n'a jamais été confirmé, y compris par l'armée israélienne qui déclarait à Anadolu, courant octobre, n'avoir aucune information allant dans ce sens.

Mais après cet épisode, est venu celui des femmes enceintes prétendument éventrées et dont personne n'a trouvé aucune trace à ce stade.


Pour Tariq Ramadan, le mécanisme utilisé par Israël et ses soutiens pour déverser ces fake news est clairement identifié.


"Un conditionnel répété devient un indicatif et dans les médias c'est comme ça. Quand au conditionnel, on répète inlassablement la même information, l'habitude de l'entendre transforme psychiquement le conditionnel en indicatif et c'est ce qui fait qu'on a encore aujourd'hui des journalistes anglais, français, américains, qui répètent que des bébés ont été décapités par le Hamas".

Face à la multiplication de ces informations mensongères visant à manipuler les masses, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer les mécanismes.


Lundi dernier, l'association "De Nice à Gaza" a annoncé à Anadolu qu'elle déposait plainte pour
"fausse information"
contre le maire de Nice, Christian Estrosi, après une déclaration médiatique dans laquelle il affirme que
"des mamans"
palestiniennes arborent des
"bébés en plastique"
pour faire croire à des morts.

La veille, à l'antenne de France 3, l'élu niçois avait affirmé qu'il existait "
une guerre d'images"
où côté palestinien,
"on voit des mamans qui pleurent avec un bébé en plastique faisant croire que c'est un bébé mort dans ses bras".

Dénonçant
"des propos choquants"
, la fondatrice de l'association réclame des excuses de la part du maire.

"Nous sommes outrés, choqués de ces propos"
, a déclaré la jeune femme qui se demande « comment on peut dire que des femmes palestiniennes font semblant de pleurer avec des bébés en plastique ? »

Les déclarations de Christian Estrosi ont provoqué un véritable tollé notamment sur les réseaux sociaux ou de nombreuses personnalités se sont indignées.


"Un maire, ancien d'extrême droite, qui regarde les morts en Palestine et qui affirme que les mamans qui pleurent portent en vérité "des bébés en plastique". Où la honte n'a plus de limites. Un maire sans humanité, qui soutient un massacre d'un État terroriste. L'horreur!"
, a par exemple réagi le politologue Tariq Ramadan.

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