
À quelques semaines du début de la Coupe du monde 2026, la sélection iranienne fait face à des difficultés administratives pour obtenir ses visas d'entrée aux États-Unis. Le président de la Fédération iranienne de football, Mehdi Taj, a confirmé qu'aucun visa n'avait encore été délivré aux joueurs. Dans ce contexte, la Team Melli poursuit sa préparation à Antalya, en Türkiye. Entre tensions diplomatiques régionales, contraintes administratives et préparation sportive, l'Iran aborde le Mondial dans un climat d'incertitude.
Une équipe qualifiée, mais traitée en paria
Une déclaration de Mehdi Taj qui, à trois semaines de l'ouverture du tournoi prévu du 11 juin au 19 juillet, sonne comme un aveu d'impuissance face à une administration américaine qui mêle sans complexe géopolitique et football.
Le contexte: la guerre, les frappes et l'ostracisme
Pour comprendre le calvaire de Mehdi Taremi et de ses coéquipiers, il faut remonter à fin février 2026. La présence iranienne reste entourée d'incertitudes depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février, à la suite de frappes menées par les États-Unis et Israël contre la République islamique. Si un cessez-le-feu a permis le 8 avril de suspendre les combats, les négociations destinées à parvenir à un accord durable sont dans l'impasse, la diplomatie sportive, elle, n'a pas suivi.
La réplique iranienne ne s'était pas fait attendre. La sélection avait alors rappelé, avec une dignité remarquée, que la Coupe du monde appartient à la FIFA, et non à un seul État.
Ankara, refuge logistique et diplomatique
Antalya, déjà connue pour avoir accueilli la sélection en mars, devient ainsi la base arrière d'une équipe privée de tout soutien occidental.
Ce choix n'est pas anodin. La station balnéaire turque offre des infrastructures parmi les meilleures de la région méditerranéenne, un climat idéal pour le travail physique, et surtout une stabilité diplomatique que peu de pays peuvent garantir à une délégation iranienne en 2026.
L'équipe Melli retourne à Antalya, où elle s'était entraînée et avait disputé des matchs amicaux en mars. Elle emmène un effectif de 30 joueurs, qui devra être réduit à 26.
Au-delà de la dimension sportive, la Türkiye joue un rôle administratif crucial. Les joueurs doivent également profiter de leur passage dans ce pays pour effectuer les démarches liées à l'obtention de visas pour les États-Unis. Un service que peu de nations auraient accepté de rendre dans le contexte actuel.
La bataille des empreintes digitales: Antalya contre Ankara
L'un des points de friction les plus révélateurs concerne la procédure de prise d'empreintes digitales exigée par Washington. Le patron de la fédération iranienne a aussi affirmé que les joueurs devraient se soumettre à une prise d'empreintes digitales dans le cadre de la procédure de visa, tout en souhaitant éviter un déplacement de plus de 450 kilomètres entre Antalya et Ankara dans ce but.
Concrètement, on demande à des sportifs de haut niveau, en pleine préparation finale d'une Coupe du monde, de parcourir près de mille kilomètres aller-retour pour se plier à une formalité administrative imposée par l'État qui les accueille. Une situation kafkaïenne qui en dit long sur le respect accordé par les autorités américaines à une sélection pourtant qualifiée sportivement.
Une liste de 30 joueurs sous tension
Le sélectionneur Amir Ghalenoei, lui, tente de garder le cap. Le stage regroupera 30 joueurs, alors que seulement 26 pourront être retenus pour la phase finale du Mondial. Parmi les joueurs convoqués figurent le gardien expérimenté Alireza Beiranvand, âgé de 33 ans et joueur du Tractor SC, ainsi que l'attaquant Mehdi Taremi de Olympiakos FC.
Le technicien iranien a reconnu publiquement la difficulté du moment. Choisir trente joueurs pour cette dernière étape a été, selon ses propres mots, la décision technique la plus complexe de sa carrière d'entraîneur.
Le Groupe G: un parcours déjà miné
Sur le plan sportif, le tirage n'épargne pas la Team Melli. Les Iraniens, dont le camp de base sera situé à Tucson (Arizona), doivent jouer leurs deux premiers matchs, contre la Nouvelle-Zélande (15 juin) puis la Belgique (22 juin), à Los Angeles, et leur 3e rencontre, face à l'Égypte (26 juin), à Seattle.
Trois matchs, trois villes américaines, dans un climat où la sécurité des joueurs n'est pas explicitement garantie par les autorités locales. Et un calendrier qui contraint l'équipe à jongler entre préparation physique, démarches consulaires et gestion psychologique d'une situation inédite dans l'histoire récente du football mondial.
La FIFA dans une position intenable
Des mots qui peinent à masquer une réalité dérangeante: la FIFA, garante théorique de l'universalité du football, semble incapable d'imposer ses propres règles au pays hôte. Elle avait pourtant été interpellée fermement par Téhéran.
Un avertissement qui résonne aujourd'hui comme une prophétie. Car au-delà du cas iranien, c'est tout l'édifice multilatéral du football qui vacille. Comment justifier qu'un pays hôte puisse, par sa seule politique migratoire, filtrer les nations participantes ?
Les supporters, grands oubliés
Si les joueurs finiront probablement par obtenir leurs visas, ne serait-ce que pour éviter à la FIFA un scandale planétaire, les supporters iraniens, eux, n'auront pas cette chance. Le Mondial 2026 pourrait se dérouler sans une grande partie des supporters. En effet, les ressortissants iraniens et haïtiens sont visés par des restrictions d'entrée drastiques.
Par ailleurs, les fans venant d'Algérie, du Cap-Vert, de Côte d'Ivoire, du Sénégal et de Tunisie devront verser une caution pouvant aller jusqu'à 15 000 dollars pour obtenir un visa.
Une caution de 15 000 dollars pour assister à un match de football. La mesure, qui frappe massivement des supporters africains et musulmans, illustre la dérive d'un événement censé célébrer l'universalité du sport. Là encore, c'est une certaine idée du football qui est trahie.
Ce que dit cette affaire du football de 2026
Le sort des footballeurs iraniens est devenu, en quelques semaines, le révélateur d'un basculement. Le football, longtemps présenté comme un espace neutre où les nations s'affrontent à armes égales, se révèle perméable aux logiques de sanctions, aux humiliations diplomatiques et aux deux poids deux mesures.
Dans ce contexte, le rôle joué par la Türkiye mérite d'être souligné. En accueillant la Team Melli, en facilitant les démarches consulaires, en offrant ses infrastructures sportives, Ankara démontre une fois encore sa capacité à se positionner comme un acteur régional incontournable, capable de tendre la main quand d'autres ferment leurs portes. Une diplomatie du sport qui contraste violemment avec l'attitude de Washington.
Reste désormais à savoir si Mehdi Taremi et ses coéquipiers parviendront, malgré tout, à fouler les pelouses du SoFi Stadium et du Lumen Field. Et surtout, à quel prix sportif et humain. Une chose est sûre: quel que soit le résultat de la Team Melli dans ce Groupe G, le vrai vainqueur moral de cette séquence se trouve à Antalya, pas à Tucson.
Quand l'Iran joue-t-il à la Coupe du monde 2026 ?
L'Iran affrontera la Nouvelle-Zélande le 15 juin, la Belgique le 22 juin à Los Angeles, puis l'Égypte le 26 juin à Seattle dans le cadre du Groupe G.
Pourquoi les footballeurs iraniens n'ont-ils pas de visa pour les États-Unis ?
En raison des tensions diplomatiques entre Téhéran et Washington, aggravées par les frappes américano-israéliennes de février 2026, les visas n'ont toujours pas été délivrés à la délégation iranienne à trois semaines du tournoi.
Où l'équipe d'Iran prépare-t-elle le Mondial 2026 ?
La Team Melli effectue son stage final à Antalya, en Türkiye, où elle disputera notamment un match amical contre la Gambie le 29 mai.
Qui est le sélectionneur de l'Iran pour le Mondial 2026 ?
Amir Ghalenoei dirige la sélection iranienne et a convoqué 30 joueurs pour le stage de préparation, dont 26 seront retenus pour la compétition.









