Venezuela: pétrole et impérialisme américano-sioniste

La rédaction
17:459/01/2026, Cuma
Yeni Şafak

Présenté comme une opération judiciaire visant à lutter contre le narcotrafic, le kidnapping du président vénézuélien Nicolás Maduro soulève de lourdes interrogations. Derrière le discours officiel américain, de plus en plus d’éléments pointent vers une stratégie beaucoup plus vaste, où se mêlent impérialisme, ressources énergétiques et recomposition géopolitique mondiale.

Une accusation de narcotrafic qui ne tient pas


La justification avancée par Washington repose sur l’existence supposée d’un cartel, le "Cartel de los Soles", auquel Nicolás Maduro serait lié. Or cette version est sérieusement remise en cause.


Selon une enquête du quotidien suisse Le Temps, ce cartel n’existe pas en tant que structure organisée, et le dernier rapport du département américain de la lutte contre le narcotrafic ne fait état d’aucun lien avéré entre le président vénézuélien et le trafic de drogue.


Autrement dit, le socle judiciaire de l’opération apparaît fragile, voire inexistant.


Le véritable enjeu : le contrôle des ressources stratégiques


Les États-Unis ne s’en cachent qu’à peine. Derrière l’argument sécuritaire, l’enjeu est avant tout économique et géostratégique. Le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, estimées à environ 303 milliards de barils selon l’OPEP.


Mais le pétrole n’est qu’une partie de l’équation. Le pays dispose également de réserves considérables d’or, de coltan, de gaz et de lithium, des ressources clés dans un contexte de transition énergétique mondiale et de rivalités accrues entre grandes puissances.


Contrôler le Venezuela, c’est donc peser sur l’avenir énergétique et industriel mondial.


L’héritage Chávez, toujours inacceptable pour Washington


Hugo Chávez avait fait un choix politique clair: nationaliser les ressources naturelles et en faire bénéficier la population. Ce modèle de souveraineté économique a toujours été perçu comme une ligne rouge par les États-Unis.


Des responsables américains l’ont d’ailleurs affirmé sans détour. À l’ONU, l’ambassadeur américain Mike Waltz a ainsi déclaré que
"les ennemis ne doivent pas être autorisés à contrôler d’importantes réserves de pétrole".

Une doctrine assumée, qui éclaire les décisions prises aujourd’hui.


Des faits concrets qui confirment la logique économique


Au-delà des discours, les faits parlent d’eux-mêmes. Entre 30 et 50 millions de barils de pétrole doivent prochainement être acheminés vers les États-Unis par les autorités dites de transition.


Ce transfert massif de ressources intervient alors même que le président en exercice est écarté, renforçant l’idée d’une opération de prédation économique plus que d’une action judiciaire.


Gaza, la Palestine et la ligne rouge politique


À cette dimension économique s’ajoute un facteur politique déterminant. Nicolás Maduro a dénoncé à plusieurs reprises le génocide à Gaza et affiché un soutien clair à la Palestine.


Ce positionnement le place dans le camp des dirigeants qui refusent l’impérialisme américain et la ligne israélo-occidentale. À l’inverse, la cheffe de l’opposition vénézuélienne, Maria Corina Machado, a annoncé vouloir se rendre en Israël et transférer l’ambassade vénézuélienne à Jérusalem, symbole d’un réalignement géopolitique assumé.


Un cas isolé ? Pas vraiment


Le Venezuela n’est pas une exception. Il s’inscrit dans une vision impériale plus large, que le journaliste israélien Edy Cohen a formulée sans détour en affirmant qu’après le Venezuela viendraient l’Iran, le Qatar, l’Algérie, la Tunisie et la Türkiye.


La logique n’est pas géographique, mais idéologique: tous les États jugés "hors obéissance" ou trop indépendants deviennent des cibles potentielles.


Une diversion politique intérieure ?


Enfin, le timing interroge. Le stratège démocrate James Carville accuse directement l’opération américaine contre le Venezuela d’être une tactique de diversion, destinée à détourner l’attention des révélations et de la possible implication de Donald Trump dans les dossiers Jeffrey Epstein.


Une hypothèse qui alimente le débat aux États-Unis et renforce l’idée d’une instrumentalisation de la politique étrangère à des fins internes.


Le Venezuela est-il la cible d’une doctrine impériale assumée, fondée sur le contrôle des ressources et l’alignement politique ? Ou n’est-il que l’écran de fumée d’une crise intérieure américaine plus profonde ?


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