La transformation de la géopolitique régionale et le rapprochement des États institutionnels

12:0811/01/2026, dimanche
MAJ: 11/01/2026, dimanche
İhsan Aktaş

Nous pensions que l’attitude de type État mafieux et l’illégalité affichées par Israël resteraient cantonnées à ses propres actions. L’enlèvement du président de la République du Venezuela par les États-Unis a montré que cette illégalité est devenue une politique quasi généralisée de notre époque. Nous assistons à une transformation des équilibres géopolitiques dans notre région à une vitesse fulgurante. Le discours de menace extrêmement élevé adopté par Israël ces derniers temps, ainsi que ses

Nous pensions que l’attitude de type État mafieux et l’illégalité affichées par Israël resteraient cantonnées à ses propres actions. L’enlèvement du président de la République du Venezuela par les États-Unis a montré que cette illégalité est devenue une politique quasi généralisée de notre époque.


Nous assistons à une transformation des équilibres géopolitiques dans notre région à une vitesse fulgurante. Le discours de menace extrêmement élevé adopté par Israël ces derniers temps, ainsi que ses actions militaires illégales et sans limites, donnaient au premier abord l’impression que les pays de la région allaient être intimidés et se replier sur eux-mêmes. Or, il apparaît aujourd’hui que ces menaces ont produit l’effet inverse : confrontés au risque, les États ont compris que "l’heure était venue de prendre leurs responsabilités".


La dimension la plus fragile et la plus déstabilisante des attaques israéliennes s’est manifestée à travers les actions menées contre l’Iran et le Qatar. L’hostilité vieille de près de quarante ans entre l’Iran et Israël est un fait bien connu. En revanche, le fait qu’Israël ait ciblé le Qatar, acteur central des processus de négociation, a constitué une rupture majeure, ébranlant en profondeur la géopolitique régionale. Ce geste a clairement démontré qu’aucun pays ne pouvait désormais agir en partant du postulat de l’existence d’une "zone de sécurité".


Dans ce contexte, la coopération militaire rapidement évoquée entre le Pakistan et l’Arabie saoudite, ainsi que le principe selon lequel "une attaque contre l’un des pays serait considérée comme une attaque contre l’ensemble de l’alliance", à l’image de l’article 5 de l’OTAN, ont pu paraître anodins au premier regard. Pourtant, cette évolution montrait que les fondations d’une nouvelle architecture de sécurité régionale étaient discrètement en train d’être posées.


En Syrie, dès lors qu’un État national a commencé à se reconstruire, Israël s’est empressé d’occuper de facto le plateau du Golan et une partie du territoire syrien. Cette attitude a révélé jusqu’où pouvait aller l’expansionnisme régional de Tel-Aviv. Elle est devenue l’un des principaux facteurs poussant les États institutionnels du Moyen-Orient à se rapprocher les uns des autres.


Les Émirats arabes unis, tentant d’imiter cette ligne agressive israélienne, ont eux aussi cherché à endosser un rôle de type "État hors-la-loi". Leurs interventions militaires dans le golfe d’Aden, au Yémen et au Soudan, visant à se positionner comme une grande puissance, ont provoqué de sérieuses perturbations dans les équilibres régionaux. Il apparaît toutefois de plus en plus clairement que cette trajectoire n’est pas durable.


Dès les premiers jours du génocide à Gaza, un rapprochement visible s’est opéré entre l’Égypte et La Türkiye. C’est précisément la nature des États institutionnels : malgré des tensions conjoncturelles, la raison stratégique et la mémoire de l’État finissent toujours par réorienter la trajectoire sur le long terme.


Par ailleurs, le comportement adopté récemment par les États-Unis ne pousse pas seulement le Moyen-Orient, mais l’ensemble du monde, à rechercher de nouvelles alliances. L’enlèvement du président vénézuélien par des méthodes mafieuses, sans justification tangible et dans le seul but de s’emparer de ressources pétrolières et minières, a profondément ébranlé la confiance des petits et moyens États.


Dans ce contexte, La Türkiye, qui s’affirme comme une puissance régionale sur la scène internationale sous la direction de Recep Tayyip Erdoğan, obtient des résultats de plus en plus concrets grâce à une diplomatie prudente et multidimensionnelle. La Türkiye a presque seule œuvré au maintien de la stabilité en Libye et a parcouru un chemin significatif dans ce sens.


La coordination émergente entre La Türkiye, l’Égypte et l’Arabie saoudite face aux tentatives des Émirats arabes unis de fragmenter le Soudan en est l’exemple le plus frappant. De même, La Türkiye, qui investit depuis de longues années dans la stabilité de la Somalie, s’est retrouvée au cœur d’une solidarité étatique institutionnelle aux côtés de l’Arabie saoudite, de l’Égypte, du Pakistan et de nombreux pays arabes, lorsque Israël a entrepris des démarches visant à reconnaître le Somaliland.


Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères organisée en Jordanie, l’attitude quasi unanime des États puissants du Moyen-Orient et du monde islamique sur la question du Somaliland a constitué un seuil symbolique. Selon les mots du ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan, cela a montré que "les pays islamiques se sont réveillés".


Le fait que les États-Unis aient pratiquement abandonné l’Europe à son sort dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie, conjugué à la menace d’occupation du Groenland, territoire européen, a provoqué de profondes fissures au sein de l’OTAN. Cette situation révèle que l’alliance occidentale traverse également un processus sérieux de désagrégation, aggravé par les faiblesses institutionnelles de l’Union européenne.


La semaine dernière, les mesures militaires prises par l’Arabie saoudite contre les initiatives des Émirats arabes unis liées à des organisations terroristes au Yémen, ainsi que la fin de la présence militaire émiratie en Somalie, témoignent d’une orientation plus indépendante et plus active de Riyad sur la scène internationale. Cette évolution a contribué à rééquilibrer la situation dans un sens plus favorable à La Türkiye, notamment sur l’axe du golfe d’Aden et de l’Afrique.


Les affirmations largement relayées dans les médias arabes concernant un rapprochement militaire entre La Türkiye, l’Arabie saoudite et le Pakistan produisent déjà des effets tangibles sur un vaste espace allant du Yémen à l’Afrique. Dans ce cadre, il apparaît que les politiques déviantes et agressives menées par les Émirats arabes unis en imitation d’Israël sont vouées à s’essouffler rapidement.


Comme je l’avais déjà exprimé lors de la présidence de La Türkiye à l’Organisation de la coopération islamique, un pacte de non-agression entre La Türkiye, l’Égypte, l’Arabie saoudite, l’Iran et le Pakistan pourrait constituer, à long terme, un socle solide de solidarité. Aujourd’hui, alors que l’Iran se retrouve de plus en plus isolé, la coordination émergente entre les quatre grands États institutionnels du monde islamique que sont La Türkiye, l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Pakistan rend cette perspective plus réaliste que jamais.


En conclusion, les politiques israéliennes incontrôlées soutenues par les États-Unis et l’agressivité illégale d’Israël ont produit un résultat inattendu au Moyen-Orient : les États institutionnels se rapprochent les uns des autres, et les puissances régionales construisent progressivement un nouvel équilibre géopolitique leur permettant de reprendre en main leur destin. Les évolutions actuelles montrent que ce processus de recomposition n’avance plus lentement, mais à la vitesse de la lumière.

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