
"(Le SDG/YPG), en se coordonnant avec Israël et en se transformant en un acteur instrumentalisé par la politique israélienne du "diviser-fragmenter-gouverner" menée dans notre région, n’agit malheureusement pas par hasard. Ce qui se passe au Yémen, au Somaliland, au Soudan, en Syrie : nous avons commencé à analyser l’ensemble de ces développements à travers le même prisme, avec la même grille de lecture. C’est notre propre évaluation stratégique.
Il existe une structure qui entretient la division et l’occupation en Palestine. Une autre cherche à approfondir cette occupation au Liban. À un moment où le monde islamique commence à se ressaisir, où la lutte contre le terrorisme a relégué Daech au second plan, où une période de stabilité, de prospérité et d’intégration régionale semblait s’ouvrir, voir une autre intelligence maintenir à l’agenda le soutien aux mouvements séparatistes et tenter de coordonner toutes ces dynamiques au sein d’une même logique ne peut évidemment pas nous échapper."
À la lumière des derniers développements, les événements survenus en Iran pourraient également être ajoutés à ce prisme. Et si l’on devait dépouiller ce discours de son langage diplomatique, sa version la plus simple en turc serait la suivante : "Il y a une tumeur maligne dans la région, et c’est Israël."
En définitive, ces propos tenus par le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan, précisément au moment où il recevait son homologue omanais Badr bin Hamad al-Busaidi, décrivent clairement la manière dont La Türkiye perçoit la région.
Prenons par exemple l’axe Türkiye–Arabie saoudite. Au même moment, les forces navales turques accueillaient des commandants saoudiens. Un fait pour le moins inhabituel.
Derrière cet axe se trouvent le Qatar, le Pakistan, l’Égypte et l’Azerbaïdjan.
Dans les débats autour de la présence de La Türkiye au sein d’une éventuelle "force de mission/force de paix pour Gaza", la position d’Islamabad et de Bakou est particulièrement révélatrice.
Ou encore l’Arabie saoudite, qui affiche sa puissance militaire au Yémen avec une intensité rarement observée, tout en écartant les Émirats arabes unis et leur partenaire de l’ombre, Israël.
Ou bien le fait que les États-Unis aient perçu la véritable signification de la manœuvre israélienne au Somaliland : une zone qui s’inscrit dans un continuum d’activités s’étendant jusqu’au Soudan, également pilotées par les Émirats arabes unis.
Au final, tous ces éléments constituent la transformation concrète, sur le terrain, de la réaction régionale face à la politique génocidaire d’Israël. À cela s’ajoute le contexte d’une Amérique de Trump, dont la vision du Moyen-Orient ne coïncide pas totalement avec celle d’Israël. Tous ces facteurs se croisent, se rejoignent, de manière tacite ou explicite.
Le fait que le ministre Fidan ait exposé cette lecture turque aux côtés de son homologue omanais n’est évidemment pas anodin. Oman agit de concert avec Riyad au Yémen, ce qui dessine là aussi un noyau de coopération.
Mais le noyau central reste Ankara–Riyad–Islamabad–Bakou. Doha et Le Caire y sont également associés. La Syrie, le Soudan, la Libye et la Somalie aussi, bien entendu.
La structuration de ce noyau ne définit pas seulement la région, mais aussi les axes auxquels elle se connecte : l’Asie centrale, les Républiques turques, l’Asie occidentale, l’Afrique et la Méditerranée.
La lunette avec laquelle La Türkiye identifie les "coïncidences significatives et les synchronisations" n’est pas la même que le télescope avec lequel elle observe la planète.
Ouvrons donc un "par exemple".
Le président Erdoğan déclarait : "Il est désormais évident que l’économie mondiale est entraînée dans un nouveau conflit, centré sur les métaux précieux, et dont les coûts humains seront très lourds. Une nouvelle compétition de partage, extrêmement agressive, s’annonce pour le contrôle des ressources énergétiques et des routes commerciales. Le monde occidental perd, un à un, tous les instruments qu’il utilisait depuis des années pour discipliner et menacer d’autres pays. Nous sommes au cœur d’une lutte de répartition impitoyable, où ceux qui ne sont pas à la table sont inscrits au menu."
Ces évolutions, et les multiples dynamiques qu’elles recèlent, exercent une pression croissante sur Israël.
Israël parle fort et se fait entendre. C’est une tradition de la mécanique politique juive. Son bras est long. Mais il existe aussi des réalités froides et matérielles. Israël ne peut pas faire face à la structure décrite ci-dessus. Et la situation devient encore plus difficile pour un Israël soutenu de manière hésitante par l’Amérique de Trump.
Même dans sa propre presse, les analyses évoquant régulièrement La Türkiye — du type "cela commence à nous dépasser, il n’est pas possible de s’opposer éternellement à Ankara" — doivent être comprises comme des tentatives de jauger la position turque.
Ils pensent mordre La Türkiye en reconnaissant le Somaliland ou en soutenant le YPG/SDG en Syrie. Mais ceux qui travaillent sur la forme idéale de la région n’y voient qu’un comportement "enragé". Autrefois, personne ne prêtait même attention aux coups de poignard d’Israël dans le dos.
Nous l’avons déjà souligné : la phase d’entrée dans le monde multipolaire se fera à travers des "clusters". Ces ensembles, qu’ils soient petits ou moyens, n’agiront pas à l’encontre du cluster principal.
Autrement dit, s’il existe un virus israélien dans la région, et si les macro-politiques américaines ne souhaitent pas de telles contaminations dans la nouvelle architecture régionale, les sous-clusters agiront en cohérence avec cette orientation.
Il existe aussi des pays situés au point d’intersection de plusieurs clusters. La Türkiye en fait partie — et même plus que cela, elle en est le principal pivot.
Elle constitue le point de convergence naturel et puissant des ensembles Balkans–Europe–mer Noire, Caucase–Caspienne–Asie centrale, Méditerranée orientale–Moyen-Orient–Golfe–Asie occidentale, ainsi que Méditerranée–Afrique.
Que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni évoquent La Türkiye comme soutien maritime et via la mer Noire dans le cadre d’une mission en Ukraine, ou que le Pakistan et l’Azerbaïdjan soutiennent la présence turque à Gaza, relève exactement de la même logique géopolitique.
Il en va de même pour la coordination étroite entre l’Arabie saoudite, le Qatar, les États-Unis et La Türkiye en Syrie.
Tout cela correspond également aux routes commerciales et aux chaînes d’approvisionnement évoquées par le président, dont les ondes de choc s’intensifient à mesure que la compétition agressive pour le partage s’installe.
En tant qu’acteur stable de ces clusters interconnectés, La Türkiye ne peut plus être inscrite au menu. Elle est, de toute évidence, à la table. Mais les tables sont nombreuses, les pièces ne sont pas encore toutes en place. La Türkiye doit préserver ses clusters aussi bien avec la Russie qu’avec l’Europe, avec la Chine autant qu’avec les États-Unis.
Le nom et le logo BIST sont protégés sous le "Certificat de Marque Protégée" et ne peuvent être utilisés, cités ou modifiés sans autorisation.Tous les droits d'auteur des informations publiées sous le nom BIST appartiennent entièrement à BIST et ne peuvent être republiés. Les données de marché sont fournies par iDealdata Finansal Teknolojiler A.Ş. Les données des actions BIST sont retardées de 15 minutes.