
La sécurité et la stabilité de la Syrie influencent directement les paramètres de sécurité nationale de la Türkiye. Cela a toujours été le cas. Mais depuis le 8 décembre, c’est encore plus vrai. Avec la chute du régime d’Assad, la Türkiye a gagné une position très importante, qui renforce sa sécurité intérieure et ouvre la voie à la stabilité régionale. Ankara cherche à consolider cette position.
Le deuxième espace affecté par cette question est le nord de l’Irak. Nous avions déjà écrit que l’administration Barzani encourageait les FDS à s’intégrer sans déposer les armes, ce qui suscitait un malaise à Ankara. Mesut Barzani, qui veut jouer le rôle de "leadership des Kurdes" dans la région, suivait une stratégie à deux niveaux: il soutenait l’élimination de la présence du PKK dans le nord de l’Irak, car l’organisation représente aussi une menace pour lui, tout en cherchant à étendre son influence en encourageant les FDS à maintenir leur existence en Syrie.
Le contexte israélien est stratégique. Ils veulent devenir hégémoniques dans la région. Ils sont conscients de la position gagnée par la Türkiye. Ils poursuivent leurs démarches visant à entraver Ankara et à affaiblir la Syrie. Comme leur priorité actuelle porte sur les développements en Iran et au Liban, cela ne se remarque pas beaucoup, mais au cours de la dernière semaine, ils ont intensifié leurs initiatives illégales à Soueïda. En entrant et sortant sans cesse, ils violent la souveraineté de Damas. Le ministre des Affaires étrangères al-Chibani avait mené certains entretiens à Moscou, mais l’attention des Russes est tournée vers l’Ukraine.
En dernière analyse, on sait que l’objectif d’Israël est d’étendre son territoire en reliant les zones occupées dans le sud du Liban à l’axe Golan-Soueïda. S’il obtient ce qu’il veut au Liban, il ne serait pas surprenant qu’il cherche à provoquer une insurrection à Soueïda à travers les groupes qu’il a armés.
Nous n’arrivons jamais vraiment à aborder la question principale: la reconstruction de la Syrie et son économie. Car dans la région, un conflit en suit un autre. Il est inévitable que la crise iranienne affecte la Syrie. Entre Damas et Téhéran, il existe une grave crise de confiance en raison du rôle joué par l’Iran et ses forces supplétives pendant la guerre civile. Depuis le début, Ankara transmet à Damas le message suivant: "Reste en dehors de la guerre." Damas adopte également une position très modérée sur cette crise.
Cependant, les efforts des éléments de l’ancien régime pour déstabiliser le pays, notamment les activités menées dans ce cadre à la frontière libanaise, suscitent la réaction de Damas. Alors que le chef du MİT, le service de renseignement turc, Kalın rencontrait ses interlocuteurs, un attentat terroriste à la voiture piégée a eu lieu à Damas après une longue période. Même si le mode opératoire de l’attaque rappelle les groupes proches du Hezbollah… Il ne me semble pas très logique de penser qu’une organisation engagée dans une lutte de vie ou de mort au Liban consacrerait son énergie à la Syrie. Damas doit rester attentif aux opérations false flag (opérations sous faux pavillon visant à attribuer une action à un autre acteur) du Mossad.
C’est précisément dans cette conjoncture formée par l’ensemble de ces événements que s’est déroulée la visite du chef du MİT Kalın à Damas. Les messages à transmettre et les sujets à aborder étaient importants. Alors, qu’a-t-on discuté?
Deuxièmement. Lors de la rencontre Kalın-Al-Charaa… Il est dit que les répercussions du conflit États-Unis/Israël-Iran ont notamment été abordées. On peut supposer que les efforts visant à mettre fin au conflit ont été évalués et que les scénarios susceptibles d’émerger ont été discutés en détail.
En résumé… C’était une visite importante. Mais ses répercussions stratégiques apparaîtront probablement dans la période à venir.
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