Attaques de drones au Soudan, Amnesty accuse les Emirats d'armer les paramilitaires

16:218/05/2025, jeudi
AFP
Le chef de l'armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhan, s'exprime lors d'une conférence sur la fonction publique à Port-Soudan, le 29 avril 2025.
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Le chef de l'armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhan, s'exprime lors d'une conférence sur la fonction publique à Port-Soudan, le 29 avril 2025.

Des armes chinoises fournies par les Emirats arabes unis aux paramilitaires ont été utilisées au Soudan en violation de l'embargo sur les armes de l'ONU, a affirmé Amnesty International jeudi, au cinquième jour d'attaques de drones qui ont provoqué la fuite de civils.

"Des bombes guidées chinoises GB50A et des obus AH-4 de 155mm"
ont été identifiés grâce à l'analyse d'images de débris retrouvés après des attaques à Khartoum et au Darfour, dans l'ouest du Soudan, a affirmé Amnesty.

Les attaques attribuées par l'armée aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) se sont multipliées ces derniers jours, notamment sur des sites stratégiques de Port-Soudan, siège provisoire du gouvernement et épicentre logistique de l'aide humanitaire.

L'aéroport civil, le dernier encore opérationnel du pays, une base militaire, une station électrique et des dépôts de carburant ont notamment été endommagés.


Jeudi, selon des sources militaires, des drones ont à nouveau visé Port-Soudan, poussant les civils à fuir ce grand port de la mer Rouge longtemps considéré comme un havre sûr, ainsi qu'une ville du sud du pays tenue par l'armée.


Les paramilitaires, en guerre depuis deux ans contre l'armée, ont lancé
"une nouvelle attaque de drone contre la base navale de Flamingo"
, à Port-Soudan, déjà visée mercredi, a indiqué à l'AFP une source militaire.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a averti que les attaques
"risquent d'augmenter les besoins humanitaires et de compliquer encore les opérations d'aide"
. Il a déploré
"le manque de volonté politique des parties de retourner à la table des négociations".

A près de 1.100 kilomètres au sud-ouest, des drones des FSR ont également visé la ville de Kosti, dans l'Etat du Nil blanc, selon une source militaire.

Les paramilitaires ont visé
"à l'aide de trois drones les dépôts de carburant qui approvisionnent l'Etat, provoquant des incendies"
, a déclaré cette source.

Mercredi soir, d'autres drones ont provoqué des tirs anti-aériens au-dessus de Kassala (est) et de Merowe (sud).

Les armes chinoises identifiées au Soudan
"sont fabriquées par le groupe Norinco",
connu sous le nom de China North Industries Group Corporation Limited, une entreprise de défense détenue par l'Etat chinois, selon Amnesty.

"Le seul pays du monde à avoir importé de Chine des obus AH-4 de 155 mm, ce sont les Emirats, en 2019"
, selon Amnesty qui s'appuie sur les données de l'Institut de recherche suédois Stockholm International Peace (Siri).

"Cela indique que les Emirats continuent de soutenir les FSR",
en ligne avec de précédents rapports dont un des Nations unies, selon l'organisation.

Le gouvernement soudanais a rompu mardi ses relations diplomatiques avec les Emirats, en les accusant d'équiper les FSR. Abou Dhabi a toujours démenti toute ingérence dans le conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts et 13 millions de déplacés.

Bus complets


Face aux attaques sur Port-Soudan - où, selon une source militaire
"la défense anti-aérienne a détruit 15 drones"
entre mercredi soir et jeudi - les civils se précipitaient à la principale gare routière dans l'espoir de fuir.

"Tous les bus sont complets"
et il faut réserver à l'avance, affirme Mahmoud Hussein, employé d'une compagnie de bus.

"Nous n'avons pas le choix, nous devons partir"
, dit Haidar Ibrahim qui se prépare à voyager vers le sud avec son épouse malade et sa famille.

Bon nombre de ceux qui ont cherché refuge à Port-Soudan ont déjà vécu plusieurs déplacements, à mesure que la ligne de front se rapprochait.


Depuis avril 2023, la guerre oppose le général Abdel Fattah al-Burhane, dirigeant de facto du pays depuis un coup d'Etat en 2021, et son ancien adjoint, le général Mohamed Hamdane Daglo, à la tête des FSR.

Le conflit a divisé de fait le pays en deux. L'armée contrôle à présent le centre, l'est et le nord du Soudan, tandis que les paramilitaires tiennent à l'ouest la quasi-totalité de la vaste région du Darfour et certaines parties du sud.


Mais après avoir perdu plusieurs positions, dont Khartoum en mars, les FSR, privées d'aviation, ont à présent davantage recours aux drones déployés depuis leurs bases du Darfour, à quelque 1.500 kilomètres à l'ouest de Port-Soudan.


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