Le président serbe à Moscou, entre fraternité russe et défiance vis-à-vis de Bruxelles

15:287/05/2025, mercredi
AFP
Le président serbe Aleksandar Vucic écoute la conférence de presse conjointe avec le Premier ministre hongrois au bureau du Premier ministre au château de Buda à Budapest, Hongrie, le 17 février 2025.
Crédit Photo : Attila KISBENEDEK / AFP
Le président serbe Aleksandar Vucic écoute la conférence de presse conjointe avec le Premier ministre hongrois au bureau du Premier ministre au château de Buda à Budapest, Hongrie, le 17 février 2025.

Au risque de s'attirer les foudres de Bruxelles, le président serbe entend assister vendredi aux célébrations à Moscou du 80e anniversaire de la victoire contre l'Allemagne nazie, nouvelle illustration de sa politique d'équilibriste entre ses affinités russes et ses aspirations européennes.

Le Kremlin a déjà annoncé une entrevue vendredi entre Vladmir Poutine et Aleksandar Vucic.


L'Union européenne a pourtant été
"parfaitement claire"
avec ses partenaires,
"y compris les pays candidats comme la Serbie"
depuis 2012:
"les relations avec la Russie ne peuvent pas continuer comme si de rien n'était avec le régime de Poutine, à l'ombre de la guerre d'agression (...) de la Russie contre l'Ukraine",
a averti vendredi dernier Markus Lammert, l'un des porte-paroles de la Commission.

Il n'a pas voulu
"spéculer"
sur de
"possibles conséquences"
, laissant les coudées franches au dirigeant nationaliste que Poutine a décoré en 2019 de l'Ordre d'Alexandre Nevski, pour être un
"partisan des relations les plus étroites et chaleureuses possible entre la Russie et la Serbie".

Au pouvoir depuis 2012, M. Vucic marche sur une ligne de crête.


La Serbie a historiquement entretenu des liens étroits avec la Russie, et une aversion commune pour l'Otan après les bombardements de 1999 pendant la guerre au Kosovo. Depuis février 2022, Belgrade refuse de couper ses liens avec Moscou, n'applique aucune sanction envers la Russie, tout en votant contre elle des résolutions à l'ONU.

Maintenir de bonnes relations avec Poutine sans s'aliéner les faveurs de l'UE est
"un pilier de la politique étrangère" de M. Vucic, même si "il a été plus prudent ces dernières année"
, souligne Florian Bieber, de l'université de Graz. Selon lui, se rendre à Moscou c'est
"menacer l'UE"
de regarder ailleurs.

C'est aussi
"calibrer l'intensité de la relation de la Serbie avec l'Europe"
, estime Eric Gordy, spécialiste des Balkans à l'University College de London. Une manière de faire perdurer
"cette mythologie qui s'est développée du temps de la Yougoslavie lorsque Tito cultivait avec beaucoup d'efficacité cette figure de l'indépendant vis-à-vis des deux grands blocs"
soviétique et américain.

Côté russe, avoir
"au milieu des Balkans, le plus grand pays, la plus grande économie, c'est un très grand levier à utiliser pour ne pas exercer d'influence directement mais juste pour être là, provoquer",
"instrumentaliser"
, voire
"ruiner des initiatives européennes",
estime Nemanja Todorovic Stiplija, du Centre pour la Politique Contemporaine basé à Belgrade.

"Malentendu"


Les liens se traduisent par des hélicoptères Mi-17 et un système de défense aérienne Pantsir vendus à la Serbie, ou, en pleine pandémie de Covid par la livraison de matériel médical et vaccins Spoutnik, ou encore par des soutiens à l'ONU, notamment sur le Kosovo, ancienne province serbe à majorité albanaise qui a proclamé en 2008 son indépendance, jamais reconnue par Belgrade.


L'Eglise orthodoxe de même que la présence en Serbie de média russes tels que Spoutnik, TASS ou RT Balkan constituent des canaux de communication utiles à Poutine, à l'effigie duquel mugs et chaussettes se vendent dans des kiosques au coeur de Belgrade.

La Russie garde par ailleurs une mainmise avec le contrôle de l'approvisionnement en gaz, son géant de l'énergie Gazprom possède par exemple des infrastructures énergétiques cruciales en Serbie.


M. Vucic est là aussi sous pression. L'UE est en train de réduire sa dépendance à l'énergie russe, en pleine négociations de Belgrade d'un nouvel accord gazier pluriannuel avec la Russie.


Pour autant, la Russie n'est pas un investisseur majeur, la Chine l'est. Elle a investi des milliards de dollars en Serbie et chez ses voisins des Balkans ces dernières années, espérant étendre son influence économique en Europe centrale. L'UE est un autre grand investisseur, avec lequel par ailleurs se fait la majorité des échanges commerciaux.


Selon M. Stiplija, la mainmise du Kremlin
"n'est pas si grande, mais le gouvernement serbe essaie d'utiliser d'une certaine manière ce malentendu selon lequel il existe une très grande influence politique russe dans le pays".

"Ce n'est pas tant une influence" r
usse sur la Serbie
"qu'un intérêt convergent entre les deux",
dit M. Bieber, qui souligne que
"la plupart des médias anti-occidentaux en Serbie sont des médias serbes".

Aller à Moscou est par ailleurs pour M. Vucic
"un geste populiste vers la frange droite de la Serbie"
, dit M. Gorby, et ce
"à un moment où son gouvernement est très sérieusement ébranlé par des manifestations"
anticorruption dont le catalyseur a été l'effondrement mortel en novembre du auvent de la gare de Novi Sad (nord) tout juste rénovée.

M. Vucic dénonce des
"ingérences étrangères"
, évoquant, en écho à Poutine, une
"révolution de couleur".

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