Le coup d’État du 28 février à son 28ᵉ anniversaire et trois grandes trahisons !

La rédaction
10:3328/02/2025, vendredi
MAJ: 28/02/2025, vendredi
Yeni Şafak
Une photographie poignante capturant l’un des symboles les plus marquants de la répression du 28 février 1997 : de jeunes étudiantes voilées en première ligne d’une manifestation pacifique, faisant face à une violente intervention des forces de l’ordre.
Crédit Photo : X /
Une photographie poignante capturant l’un des symboles les plus marquants de la répression du 28 février 1997 : de jeunes étudiantes voilées en première ligne d’une manifestation pacifique, faisant face à une violente intervention des forces de l’ordre.

Le 28 février 1997 marque un tournant sombre dans l’histoire politique de la Turquie. Ce jour-là, l'armée turque, à travers le Conseil de sécurité nationale, a exercé une pression sur le gouvernement conservateur de Necmettin Erbakan, l’obligeant à démissionner sans recours à un coup d’État militaire classique. Ce coup d’État "postmoderne" a entraîné une vaste répression contre les cercles musulmans: fermetures d’écoles imam-hatip, restrictions sur le port du voile, interdictions visant les organisations religieuses et purges dans l’administration. Plus qu’un simple changement de pouvoir, cet épisode a durablement affecté la société turque, remodelant son paysage politique et culturel. Dans cette chronique, Yusuf Kaplan revient sur cette période noire, dénonçant trois grandes trahisons qui, selon lui, ont visé à éradiquer l’identité islamique de la Turquie et à entraver son indépendance.

Les grands capitalistes qui dirigent l’économie de la Turquie imposent leurs diktats au gouvernement élu du pays. Leurs déclarations résonnent comme les prémices d’un coup d’État.


Il est crucial d’examiner de près le coup d’État du 28 février à l’occasion de son 28ᵉ anniversaire et de dresser un rempart contre la répétition de telles interventions.


Ne nous berçons pas d’illusions : le 28 février n’est pas terminé.

Certes, il a pris fin sur le plan factuel, mais il nous a brisés mentalement.
Par exemple, nous avons gagné la bataille du voile, mais perdu celle du véritable hijab.
C’est la conséquence inévitable du traumatisme provoqué par le 28 février.

La Turquie subit de lourds traumatismes depuis deux siècles… Depuis deux siècles, le pouvoir véritable n’est pas entre les mains des enfants de ce pays – et ce n’est toujours pas le cas ! Avec l’opération Bouclier de l’Euphrate, la Turquie a franchi une première étape historique vers son indépendance. Mais nous ne sommes qu’au début du chemin…


Depuis la période des réformes du Tanzimat jusqu’au 28 février, cette société a été soumise à des opérations traumatisantes imposées de l’extérieur et appliquées à l’intérieur par des élites séduites par leur propre bourreau. Ces interventions visaient à la modeler, à la
“civiliser”,
à l’apprivoiser, à la réduire à l’état de serf mental.

Notre histoire moderne de 200 ans – essentiellement marquée par la laïcisation – est en réalité l’histoire d’une soumission intérieure de la Turquie :
n’ayant pas été colonisé sur le plan matériel, ce peuple a été colonisé sur le plan intellectuel et réduit à l’état d’esclave mental.

LES TROIS GRANDES TRAHISONS !


Le 28 février est l’un des derniers actes glaçants d’une tentative de stopper l’émergence d’une Turquie musulmane qui, à nouveau, guiderait les opprimés et le monde islamique.


Le 28 février est le nom de trois grandes trahisons :

1. La trahison de l’éradication de l’identité islamique de la société sous prétexte de la menace de la “réaction religieuse”.

2. La trahison de la mise en place des fondations intellectuelles et socioculturelles du démembrement de la Turquie.

3. La trahison du tournant vers une protestantisation de l’Islam.


Je n’aime pas employer le mot “trahison” à la légère. Mais il devient difficile d’expliquer ce qui s’est passé autrement, malheureusement.


LA TRAHISON DE L’ERADICATION DE L’IDENTITÉ ISLAMIQUE DE LA TURQUIE


Depuis deux siècles, notre voûte céleste s’est effondrée ; les impérialistes occidentaux, qui ont transformé le monde en un bain de sang, ont envahi, pillé et morcelé le monde musulman, le réduisant en esclavage, politiquement et concrètement !


Dans leur entreprise de colonisation et d’impérialisme, les Occidentaux ont mis en œuvre deux grandes stratégies à l’encontre du monde islamique, dans le cadre de la
“Question d’Orient” :

1. Éloigner l’Islam (c’est-à-dire la civilisation islamique) de l’Histoire en démantelant l’Empire ottoman, le monde turc, l’Inde et le monde arabe.

2. Éloigner les musulmans de l’Islam… Une stratégie appliquée de diverses manières depuis un siècle.


Le coup d’État postmoderne du 28 février a été le dernier acte de cette entreprise d’éloignement des musulmans de leur foi.


Réfléchissez…


En 1990, la Guerre froide a été précipitamment achevée. Pourquoi ?

Parce que l’Islam, que l’on croyait éloigné de l’Histoire avec l’effondrement de l’Empire ottoman et le démembrement de l’Inde, redevenait, du Maroc à la Malaisie, la seule source inébranlable de force dans la résistance contre les impérialistes et dans le renouveau civilisationnel du monde musulman.


Un développement qui a rendu les Occidentaux furieux !

La faillite des projets nationalistes et socialistes dans le monde musulman, illustrée par la déroute de l’armée égyptienne en six jours face à Israël sous Nasser, a entraîné une ascension fulgurante du discours islamique. Face à cela, les impérialistes ont paniqué et ont officiellement mis fin à la Guerre froide, lançant sous
le prétexte de la “lutte contre le terrorisme” une guerre postmoderne contre l’Islam, en utilisant leurs propres organisations terroristes.

Alors que le système global combattait l’Islam, l’oligarchie civile et militaire en Turquie n’a pas hésité à désigner l’Islam – sous l’étiquette de
“réaction religieuse”
– comme la principale menace pour la sécurité nationale.

Ainsi, elle a révélé une fois de plus sa soumission à l’ordre mondial.


Pourtant, cette stratégie était une trahison envers cette terre et ses enfants :
les écoles imam-hatip ont été fermées, l’enseignement du Coran interdit aux enfants de moins de 15 ans, les étudiantes voilées expulsées des universités !

Même les colonisateurs n’auraient pas osé aller aussi loin !


Dans un pays héritier d’un empire, où 98 % de la population est officiellement musulmane, l’identité musulmane aurait dû être renforcée. Au lieu de cela, elle a été humiliée, et chaque secteur de la société a été soumis à un processus de dénaturation.


Couper les racines islamiques de cette nation a été l’une des plus grandes trahisons possibles.


Et la société en a payé et en paiera encore le prix fort…


LA TRAHISON DU DÉMEMBREMENT DE LA TURQUIE


C’est ici qu’intervient la deuxième grande trahison : en humiliant l’identité islamique de la société et en imposant la laïcité, on a ouvert la voie à l’émergence des identités ethniques en opposition à l’identité islamique.


C’était le début d’un processus qui semait les graines du démembrement de la Turquie.


Au contraire, il aurait fallu consolider l’identité et la sensibilité islamiques en mobilisant les ressources historiques nécessaires.
Par exemple, chaque fois que les Turcs et les Kurdes se sont unis, ils ont réussi à déjouer les plans impérialistes et à bâtir ensemble une civilisation commune.

En revanche, en réprimant l’identité islamique et en imposant la laïcité, les identités ethniques ont pris le dessus, précipitant ainsi la Turquie vers une fragmentation inévitable.


En résumé : Ce pays n’avait jamais connu une telle trahison !

LA PROTESTANTISATION DE L’ISLAM


Le projet du kémalisme était d’éloigner l’Islam de la vie publique et d’empêcher son retour en force. Cela passait par une sécularisation progressive – autrement dit, une protestantisation de l’Islam.


Grâce à FETÖ, l’Islam a été évincé de la politique et de tous les aspects de la vie sociale. Une attaque a été menée contre Erbakan, et les généraux du 28 février ont ouvert la voie à FETÖ, accélérant ainsi le processus d’érosion de la conscience islamique.


Erbakan avait construit une conscience politique musulmane qui a été violemment démantelée par FETÖ !

Voilà les trois grandes trahisons du 28 février !


Si elles ne sont pas analysées en profondeur, ce pays ne pourra jamais se relever de telles perfidies.


En somme : Depuis deux siècles, la Turquie est piégée dans une impasse. Si cette société perd l’Islam, ce pays sera livré en pâture aux charognards – qu’Allah nous en préserve !
#Turquie
#28 février
#coupt d'état
#postmoderne
#islam
#musulman
#islam ne Turquie