
Le 28 février 1997 marque un tournant sombre dans l’histoire politique de la Turquie. Ce jour-là, l'armée turque, à travers le Conseil de sécurité nationale, a exercé une pression sur le gouvernement conservateur de Necmettin Erbakan, l’obligeant à démissionner sans recours à un coup d’État militaire classique. Ce coup d’État "postmoderne" a entraîné une vaste répression contre les cercles musulmans: fermetures d’écoles imam-hatip, restrictions sur le port du voile, interdictions visant les organisations religieuses et purges dans l’administration. Plus qu’un simple changement de pouvoir, cet épisode a durablement affecté la société turque, remodelant son paysage politique et culturel. Dans cette chronique, Yusuf Kaplan revient sur cette période noire, dénonçant trois grandes trahisons qui, selon lui, ont visé à éradiquer l’identité islamique de la Turquie et à entraver son indépendance.
Les grands capitalistes qui dirigent l’économie de la Turquie imposent leurs diktats au gouvernement élu du pays. Leurs déclarations résonnent comme les prémices d’un coup d’État.
Il est crucial d’examiner de près le coup d’État du 28 février à l’occasion de son 28ᵉ anniversaire et de dresser un rempart contre la répétition de telles interventions.
La Turquie subit de lourds traumatismes depuis deux siècles… Depuis deux siècles, le pouvoir véritable n’est pas entre les mains des enfants de ce pays – et ce n’est toujours pas le cas ! Avec l’opération Bouclier de l’Euphrate, la Turquie a franchi une première étape historique vers son indépendance. Mais nous ne sommes qu’au début du chemin…
LES TROIS GRANDES TRAHISONS !
Le 28 février est l’un des derniers actes glaçants d’une tentative de stopper l’émergence d’une Turquie musulmane qui, à nouveau, guiderait les opprimés et le monde islamique.
1. La trahison de l’éradication de l’identité islamique de la société sous prétexte de la menace de la “réaction religieuse”.
2. La trahison de la mise en place des fondations intellectuelles et socioculturelles du démembrement de la Turquie.
3. La trahison du tournant vers une protestantisation de l’Islam.
Je n’aime pas employer le mot “trahison” à la légère. Mais il devient difficile d’expliquer ce qui s’est passé autrement, malheureusement.
LA TRAHISON DE L’ERADICATION DE L’IDENTITÉ ISLAMIQUE DE LA TURQUIE
Depuis deux siècles, notre voûte céleste s’est effondrée ; les impérialistes occidentaux, qui ont transformé le monde en un bain de sang, ont envahi, pillé et morcelé le monde musulman, le réduisant en esclavage, politiquement et concrètement !
1. Éloigner l’Islam (c’est-à-dire la civilisation islamique) de l’Histoire en démantelant l’Empire ottoman, le monde turc, l’Inde et le monde arabe.
2. Éloigner les musulmans de l’Islam… Une stratégie appliquée de diverses manières depuis un siècle.
Le coup d’État postmoderne du 28 février a été le dernier acte de cette entreprise d’éloignement des musulmans de leur foi.
Réfléchissez…
Parce que l’Islam, que l’on croyait éloigné de l’Histoire avec l’effondrement de l’Empire ottoman et le démembrement de l’Inde, redevenait, du Maroc à la Malaisie, la seule source inébranlable de force dans la résistance contre les impérialistes et dans le renouveau civilisationnel du monde musulman.
Ainsi, elle a révélé une fois de plus sa soumission à l’ordre mondial.
Même les colonisateurs n’auraient pas osé aller aussi loin !
Dans un pays héritier d’un empire, où 98 % de la population est officiellement musulmane, l’identité musulmane aurait dû être renforcée. Au lieu de cela, elle a été humiliée, et chaque secteur de la société a été soumis à un processus de dénaturation.
Couper les racines islamiques de cette nation a été l’une des plus grandes trahisons possibles.
Et la société en a payé et en paiera encore le prix fort…
LA TRAHISON DU DÉMEMBREMENT DE LA TURQUIE
C’est ici qu’intervient la deuxième grande trahison : en humiliant l’identité islamique de la société et en imposant la laïcité, on a ouvert la voie à l’émergence des identités ethniques en opposition à l’identité islamique.
C’était le début d’un processus qui semait les graines du démembrement de la Turquie.
En revanche, en réprimant l’identité islamique et en imposant la laïcité, les identités ethniques ont pris le dessus, précipitant ainsi la Turquie vers une fragmentation inévitable.
LA PROTESTANTISATION DE L’ISLAM
Le projet du kémalisme était d’éloigner l’Islam de la vie publique et d’empêcher son retour en force. Cela passait par une sécularisation progressive – autrement dit, une protestantisation de l’Islam.
Grâce à FETÖ, l’Islam a été évincé de la politique et de tous les aspects de la vie sociale. Une attaque a été menée contre Erbakan, et les généraux du 28 février ont ouvert la voie à FETÖ, accélérant ainsi le processus d’érosion de la conscience islamique.
Voilà les trois grandes trahisons du 28 février !
Si elles ne sont pas analysées en profondeur, ce pays ne pourra jamais se relever de telles perfidies.






