France: Un député en croisade contre les polluants éternels

17:0922/03/2024, vendredi
MAJ: 22/03/2024, vendredi
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Nicolas Thierry, député et membre du parti Europe Écologie Les Verts (EELV), à l'Assemblée nationale à Paris le 28 juin 2023.
Crédit Photo : Bertrand GUAY / AFP
Nicolas Thierry, député et membre du parti Europe Écologie Les Verts (EELV), à l'Assemblée nationale à Paris le 28 juin 2023.

"Il y a urgence !": Nicolas Thierry, un député écologiste français, mène une bataille contre le "scandale sanitaire" des polluants éternels, ou PFAS, qu'il souhaite voir interdits dès 2025, alors que des alternatives existent déjà.

Quasi indestructibles, les substances per- et polyfluoroalkylées, ou PFAS, s'accumulent progressivement dans l'air, le sol, les cours d'eau, la chaîne alimentaire et même dans le corps humain, ce qui leur vaut le surnom de polluants "éternels".


Une exposition prolongée à ces substances peut avoir des conséquences sur la fertilité et favoriser certains types de cancers, selon des études préliminaires.

Considérées par certains experts comme
"la plus grande menace chimique du XXIe siècle",
ces molécules restent en partie incontournables pour l'industrie.

Nicolas Thierry dénonce une
"inaction coupable des pouvoirs publics"
en France, soulignant que les premiers scandales ont émergé
"il y a un quart de siècle"
aux États-Unis, notamment avec le film "Dark Waters" de Todd Haynes (2019).

Un rapport parlementaire, publié en février à la demande du gouvernement français, recommande
"de mettre fin de manière urgente aux rejets industriels"
contenant des polluants éternels,
"sans attendre une restriction au niveau européen".

Cette recommandation est saluée par M. Thierry, mais il s'interroge sur sa mise en œuvre concrète.


"Une pollution sans précédent"


"Il y a urgence et il faut agir dès maintenant pour apporter des réponses politiques à une pollution totalement sans précédent par son ampleur",
affirme le député, auteur d'une proposition de loi qui sera examinée à l'Assemblée nationale le 4 avril.

Sa principale mesure prévoit l'interdiction (fabrication, importation, exportation et mise sur le marché) des produits contenant des PFAS dès 2025, lorsque des alternatives existent, et en 2027 pour les autres, avec des dérogations possibles pour des raisons de santé ou pour les micro-processeurs utilisés dans la transition énergétique.


L'Union européenne envisage une interdiction des PFAS d'ici 2026 pour tous ses États membres, une démarche soutenue par la France. Cependant, selon Nicolas Thierry, les États membres ne seront tenus de contrôler que 20 PFAS sur les centaines répertoriées.

Le député souligne que l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a identifié quatre familles de produits pour lesquelles il est possible de se passer des PFAS immédiatement : les emballages en contact direct avec les aliments, les cosmétiques, les produits de fartage pour les skis et les textiles, pour lesquels Bruxelles prévoit déjà une interdiction en 2026.


Des mesures concrètes


Parmi les autres mesures proposées par Nicolas Thierry figurent l'obligation immédiate de contrôler la présence de PFAS dans l'eau potable sur l'ensemble du territoire français, ainsi que l'application du principe pollueur-payeur avec une taxe visant les industriels rejetant des PFAS.


Lors d'une campagne "Stop PFAS", le député a parcouru la France pendant sept mois, faisant réaliser des tests de recherche de 12 PFAS à chaque étape auprès de la population locale. Sur les 152 personnes testées, 94% présentaient au moins une trace de PFAS dans leur organisme, affirme-t-il.

"C'est un échantillon relativement restreint"
, admet l'élu, mais il souligne que cela démontre que
"partout en France, il est très difficile d'éviter cette pollution".

"Depuis plusieurs décennies, les autorités de l'État ont fait preuve d'un manque d'action, et cela ne concerne pas uniquement ce gouvernement",
déplore-t-il.

Quant aux perspectives d'adoption de sa proposition de loi par l'Assemblée, M. Thierry les juge
"assez incertaines"
et redoute l'influence du lobby de l'industrie chimique.

Déjà présents dans l'eau et les sols, les PFAS se retrouvent de plus en plus dans l'alimentation, selon un rapport publié fin février par plusieurs ONG, dont Générations Futures et Pesticide Action Network (PAN) Europe.

Selon ce rapport, la présence de pesticides contenant ces substances chimiques a explosé entre 2011 et 2021 dans les fruits et légumes consommés en Europe, notamment pendant la saison estivale.


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