L’avenir de l’ordre libéral mondial dans le Rapport de sécurité de Munich

09:4818/02/2026, mercredi
MAJ: 18/02/2026, mercredi
Kadir Üstün

Le Rapport 2026 publié par la Conférence de Munich sur la sécurité estime que le système international libéral est devenu la cible d’une politique américaine à caractère destructeur et examine les options qui s’offrent aux autres acteurs. À l’image du discours remarqué du Premier ministre canadien à Davos, proclamant la fin de l’ordre libéral, le rapport souligne l’érosion de la confiance envers le leadership américain. Les politiques de l’administration Trump créent une atmosphère d’incertitude

Le Rapport 2026 publié par la Conférence de Munich sur la sécurité estime que le système international libéral est devenu la cible d’une politique américaine à caractère destructeur et examine les options qui s’offrent aux autres acteurs.
À l’image du discours remarqué du Premier ministre canadien à Davos, proclamant la fin de l’ordre libéral, le rapport souligne l’érosion de la confiance envers le leadership américain.
Les politiques de l’administration Trump créent une atmosphère d’incertitude :
Washington donne à la fois l’impression de négocier ferme et celle de se retirer réellement de la direction du système.
Cette ambiguïté place l’Europe entre l’agressivité russe et l’hésitation américaine, la contraignant à une adaptation militaire, stratégique et industrielle.

Le rapport insiste également sur le fait que le commerce mondial n’est plus seulement une question économique, mais un instrument de la rivalité entre grandes puissances. Il prévoit non pas un effondrement brutal du système, mais une érosion progressive, accompagnée d’une fragmentation régionale accrue.


La “destruction” américaine de l’ordre établi


L’ordre libéral bâti par les États-Unis après 1945 reposait sur la prise de décision multilatérale, l’économie de marché, le libre-échange, la démocratie et la primauté du droit international. Pourtant, son incapacité à prévenir les conflits, l’augmentation des inégalités, la fragilisation des industries locales par la mondialisation du capital et du travail, la mauvaise gestion des chocs migratoires ou encore les violations du droit par des États puissants ont progressivement entamé sa légitimité.

Ce ressentiment n’est pas seulement américain ; il traverse l’ensemble des opinions publiques occidentales. La montée simultanée des formations radicales de droite et de gauche en est l’illustration.
La réélection de Trump peut ainsi être lue comme l’expression d’une perte de foi dans le système et de l’ascension d’un conservatisme nationaliste. Lors de son second mandat, l’administration Trump a adopté une posture nationaliste et protectionniste, semblant déclarer la guerre à l’ordre libéral international.
Le fait que la politique américaine soit désormais pilotée par une formation profondément critique du système qu’elle a elle-même contribué à créer favorise une approche non pas réformatrice, mais destructrice.
Les politiques centrées sur le leadership personnel de Trump, qui remettent en cause les principes libéraux classiques,
menacent directement les institutions européennes bâties
sous le parapluie sécuritaire américain. Toutefois, ce que Washington entend substituer à l’ordre existant demeure flou.

Les options de l’Europe face à l’incertitude américaine


Si l’invasion de l’Ukraine par la Russie constitue le défi le plus immédiat pour l’Europe,
la véritable rupture réside dans la perception que le parapluie sécuritaire américain n’offre plus une garantie inconditionnelle.
Les pressions de Washington sur le partage du fardeau au sein de l’OTAN, ainsi que son approche du dossier ukrainien, montrent que cette protection pourrait désormais être conditionnelle.

Sous l’administration Trump, il est difficile d’imaginer que la défense de l’Europe face à la Russie ou à d’autres menaces ne soit pas assortie d’exigences. Or, l’absence de critères clairs et la dépendance à la négociation personnelle rendent toute prévisibilité impossible.

L’Europe se retrouve donc face à une alternative : investir massivement pour redéfinir son architecture de sécurité et conquérir une autonomie stratégique, ou accepter un déclassement dans un monde dominé par les négociations entre grandes puissances.
Rester formellement partenaire des États-Unis dans les mécanismes transatlantiques tout en étant exclue des grandes négociations entre Washington, Moscou et Pékin constituerait un recul stratégique majeur. L’exemple de la gestion du dossier ukrainien par l’administration Trump, laissant les Européens en marge, illustre déjà ce risque.

Dans ce contexte où Washington s’emploie à déconstruire l’ordre existant sans clarifier le suivant, la rivalité des grandes puissances devient centrale. Les acteurs régionaux renforcent leurs capacités, alimentant une course aux armements. L’importance des armes nucléaires et de destruction massive s’accroît. La diminution des aides extérieures risque d’approfondir les crises humanitaires, tandis que les puissances moyennes adoptent des stratégies d’équilibrage.

Il convient toutefois de rappeler que l’incapacité américaine à formuler une grande stratégie cohérente ne date pas de Trump.
L’érosion de la capacité de Washington à produire une vision stratégique inclusive, la dépendance européenne à la sécurité américaine et les efforts de la Russie et de la Chine pour remodeler le système international à leur avantage ont créé une véritable “tempête parfaite”.
Le Rapport de Munich contient des diagnostics pertinents sur la crise actuelle de l’ordre libéral mondial.
Cependant, il ne propose pas de perspective globale sur l’avenir du système.
Si les risques liés à la posture américaine, aux hésitations européennes, à l’agressivité russe et à la montée en puissance chinoise sont clairement exposés, la question centrale demeure sans réponse : quel ordre doit succéder à l’actuel ordre “fondé sur des règles” ?
Les références à la possibilité de réparer l’ordre existant suggèrent une préférence pour des réformes graduelles plutôt que pour des transformations radicales.
Une telle approche semble sous-estimer la profondeur du rejet et de la défiance envers le système et laisse en suspens la nécessité d’une vision stratégique plus normative et structurée
#Rapport de Munich
#ordre libéral
#États-Unis
#Europe
#Trump
#Russie
#Chine
#OTAN
#rivalité des grandes puissances