Un brainstorming : N’est-il pas temps de parler à cet acteur ?

09:3417/02/2026, الثلاثاء
MAJ: 17/02/2026, الثلاثاء
Yahya Bostan

La scène était inédite à la Conférence de sécurité de Munich. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Al-Chibani, a rencontré le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Dans la délégation syrienne figuraient également Mazlum Abdi et Ilham Ahmed, deux hauts responsables des FDS. L’envoyé spécial de Donald Trump, Barrack, a partagé la photo de la table en la commentant : "Un nouveau départ" . La même délégation syrienne était présente lors de l’entretien avec le ministre saoudien des Affaires

La scène était inédite à la Conférence de sécurité de Munich. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Al-Chibani, a rencontré le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Dans la délégation syrienne figuraient également Mazlum Abdi et Ilham Ahmed, deux hauts responsables des FDS. L’envoyé spécial de Donald Trump, Barrack, a partagé la photo de la table en la commentant :
"Un nouveau départ"
. La même délégation syrienne était présente lors de l’entretien avec le ministre saoudien des Affaires étrangères, Faisal bin Farhan.
Les clichés diffusés à l’issue de ces deux rencontres sont historiques tant ils illustrent la transformation en cours. En intégrant Abdi à sa délégation, Al-Chibani a accompli un geste majeur.
L’intégration n’est pas totale, mais Damas a montré qu’elle souhaitait voir autour de la même table tous les acteurs syriens, à condition que l’intégrité territoriale et la souveraineté du pays ne soient pas remises en cause.
Al-Chibani l’a d’ailleurs affirmé clairement :
"Nous ne considérons pas les FDS comme des ennemis, ils sont nos partenaires".
Que des acteurs qui s’affrontaient encore il y a quelques semaines puissent désormais siéger du même côté de la table témoigne de la maturité affichée par Damas.

Un langage dépourvu de culture d’État


Mais tous les acteurs font-ils preuve de la même maturité ? À Munich, Mazlum Abdi a réaffirmé sa revendication centrale en déclarant :
"Nous voulons que les Kurdes administrent leurs propres régions".
Il n’a donc pas renoncé à ses exigences fondamentales. Or, l’évolution en Syrie est claire. S’il ne met pas pleinement en œuvre l’accord du 18 janvier, Abdi sait à quoi il s’expose. La partie américaine lui a d’ailleurs signifié qu’elle ne lui apporterait plus le même soutien. Pour cette raison, je laisse Abdi de côté. C’est une autre attitude qui me préoccupe.
Rudaw, média lié à l’administration Barzani
, a annoncé ces deux rencontres décisives par un choix éditorial pour le moins singulier. Le titre retenu était :
"Mazlum Abdi rencontre le secrétaire d’État américain"
, en passant sous silence le chef de la délégation, le ministre syrien des Affaires étrangères. Le même organe a présenté la réunion avec la délégation saoudienne ainsi :
"Abdi rencontre le ministre saoudien, le ministre syrien des Affaires étrangères était également présent".
Nul ne doit s’en offusquer, mais ce langage qui inverse les règles protocolaires, dépourvu de culture d’État, constitue une tentative de perturber une dynamique positive en Syrie et d’attiser la discorde entre Syriens.

L’objectif est-il seulement la Syrie ?


La question se pose pour une raison simple : tant que le dossier syrien ne sera pas totalement refermé, les processus d’une Türkiye sans terrorisme et d’une stabilisation régionale ne pourront atteindre leur objectif.
C’est précisément pourquoi, alors que les développements en Syrie évoluent positivement, le dossier d’une Türkiye sans terrorisme reprend de la vitesse.
Le président Erdoğan a reçu une délégation du DEM. Celle-ci s’est ensuite rendue à İmralı. La Grande Assemblée nationale finalise son rapport. Sauf incident, le dossier du PKK pourrait être clos d’ici l’été. Sur le volet irakien, la déclaration du ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan,
"C’est au tour de l’Irak"
, a été manipulée par certains médias iraniens en Irak, provoquant une réaction de Bagdad. Mais le ministre irakien de la Défense s’est rendu à Ankara et a rencontré Fidan. À mon sens, il s’agit d’une visite destinée à répondre aux préoccupations d’Ankara.
L’administration Barzani considère le PKK comme une menace
et soutient son élimination en Irak. Pourtant, elle adopte une position inverse en Syrie. Elle ignore les critiques soulignant la contradiction et le préjudice causé à la Türkiye. Plus encore, elle insiste lourdement sur le discours d’un
"Kurdistan en quatre parties".

Soutien américain et facteur İmralı


Qu’est-ce qui pousse l’administration Barzani à adopter cette posture ? Voici mon analyse.


Premièrement
, lors du changement de régime à Damas l’an dernier, les États-Unis ont assuré la médiation entre
Massoud Barzani et Mazlum Abdi,
multipliant les allers-retours entre Erbil et Qamichli. L’objectif était de coordonner le YPG et des groupes proches de Barzani face à Damas. Des garanties supplémentaires ont-elles été accordées à Barzani ? Je l’ignore. Mais celui-ci a commencé à projeter l’image d’un
"leader des Kurdes dans la région".
Deuxièmement
, ce repositionnement coïncide avec le moment où İmralı est redevenu un acteur du processus d’une Türkiye sans terrorisme. Cela sent la rivalité.
Troisièmement
, les États-Unis se sont retirés d’Irak. Une partie importante de leurs forces a été redéployée vers des bases dans le Golfe, le reste vers Erbil. Barzani se sent soutenu par la présence de l’armée américaine.
Quatrièmement
, on retrouve une confiance similaire à celle qui entourait le référendum d’indépendance de 2017. On en perçoit les traces dans l’élection présidentielle irakienne : Barzani remet en cause l’accord en vigueur depuis vingt ans et réclame désormais la présidence.
Cinquièmement
, l’administration Talabani, notamment Bafel Talabani, a mené une politique hostile à la Türkiye, nouant des relations étroites avec le PKK et l’Iran. L’aéroport d’Arbat à Souleimaniye a été transformé en base terroriste. La Türkiye a alors interdit les vols vers l’aéroport de Souleimaniye. Pourtant, lors de l’action de désarmement et de destruction d’armes du PKK le 11 juillet, une coordination sur le terrain entre la Türkiye et les forces liées à Talabani a contribué à restaurer la confiance. L’embargo sur l’aéroport a été levé en novembre dernier. Talabani s’était retrouvé isolé à la suite de mauvais choix, ce qui a indirectement renforcé la position de Barzani.
Alors que le processus d’une Türkiye sans terrorisme progresse
, les relations régionales seront inévitablement redéfinies. Cette nouvelle architecture, porteuse de paix et de stabilité, inclura tous les acteurs de la région. Dans ce contexte, je pense qu’il est également temps de parler à Talabani.
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