L’histoire se répète pour une Amérique qui n’en tire aucune leçon

09:559/03/2026, Pazartesi
MAJ: 9/03/2026, Pazartesi
Yasin Aktay

Les attentes et les hypothèses qui orientent l’attaque lancée par les États-Unis contre l’Iran, en suivant Israël, peuvent être considérées comme un exemple typique d’une puissance qui ne tire aucune leçon de l’histoire. Les États-Unis possèdent pourtant dans leur propre histoire de nombreux précédents d’interventions qui se sont terminées par des fiascos, des échecs, et finalement par des retraites précipitées. Le Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan auraient dû être suffisamment instructifs. Dans

Les attentes et les hypothèses qui orientent l’attaque lancée par les États-Unis contre l’Iran, en suivant Israël, peuvent être considérées comme un exemple typique d’une puissance qui ne tire aucune leçon de l’histoire. Les États-Unis possèdent pourtant dans leur propre histoire de nombreux précédents d’interventions qui se sont terminées par des fiascos, des échecs, et finalement par des retraites précipitées.
Le Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan
auraient dû être suffisamment instructifs. Dans chacun de ces cas, les manipulations destinées à légitimer la guerre auprès de l’opinion publique américaine ont précédé des invasions et des politiques agressives fondées sur des prétextes fabriqués.
Confrontées à la réalité et à la sociologie des sociétés ciblées, ces opérations ont finalement conduit à de grandes humiliations.
Le fait que Donald Trump, qui se distingue habituellement par un discours se présentant comme celui d’un président qui met fin aux guerres plutôt que de les commencer, s’engage aujourd’hui dans une voie susceptible d’infliger un nouveau traumatisme à l’histoire américaine ne peut évidemment pas s’expliquer simplement par une incohérence personnelle. Les circonstances qui l’ont poussé dans cette aventure sont manifestement plus complexes.
Les dossiers Epstein, les lobbies de guerre aux États-Unis et les lobbies pro-israéliens peuvent amener Trump à faire exactement le contraire de ce qu’il disait la veille, tout en l’obligeant à s’adapter rapidement à une nouvelle situation.
Ses discours apparaissent très éloignés de la réalité, et ses prévisions semblent incapables de voir au-delà de quelques heures. Dès les premières heures, il s’est convaincu d’avoir déjà gagné la guerre en affirmant que l’élimination du guide religieux iranien et de l’ensemble du haut commandement militaire suffirait à détruire l’infrastructure militaire iranienne et à déclencher un changement de régime.
Il est rapidement apparu qu’il ne connaissait ni la sociologie qui soutient le régime iranien ni la capacité militaire du pays.
Alors qu’il pensait conclure la guerre en quelques jours, il se trouve désormais confronté à la perspective d’un conflit qui se prolonge d’heure en heure. Malgré cela, il a évoqué hier l’hypothèse d’une opération terrestre et appelé le régime iranien à une reddition sans conditions. Le même jour, il a été célébré lors d’un rassemblement évangélique comme un nouveau messie sauveur, ce qui semble avoir renforcé sa motivation à poursuivre la guerre et à promettre des victoires extraordinaires.

L’illusion du précédent vénézuélien


Pour comprendre ce qu’une opération terrestre en Iran pourrait coûter aux États-Unis, il suffirait de consulter l’histoire récente.
Le Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan offrent déjà des exemples clairs et instructifs. Mais l’analyse de la sociologie propre à l’Iran pourrait être encore plus révélatrice.
L’expérience vénézuélienne semble avoir fait oublier l’histoire aux États-Unis et leur avoir fait perdre toute prudence.
La pression exercée sur le pouvoir de Nicolás Maduro, dont le soutien populaire s’était affaibli, et la menace d’une opération destinée à installer une nouvelle direction politique avaient pu être considérées comme un succès relatif.
Mais penser que ce scénario pourrait être reproduit en Iran s’est transformé en piège que les États-Unis ont eux-mêmes construit.
En supposant que l’élimination d’Ali Khamenei et de la haute direction suffirait à produire rapidement un changement de régime grâce à l’opposition qu’ils soutiennent depuis des années, Washington a ignoré un facteur essentiel :
la puissance sociale et politique du chiisme en Iran.
Même si le régime peut être contesté par une partie importante de la population, une attaque extérieure transforme souvent les équilibres internes. Une partie significative de l’opposition, même si elle ne représente pas la totalité, a tendance à suspendre ses critiques lorsque des avions ennemis apparaissent dans le ciel du pays et à se ranger aux côtés de l’État.

Les hypothèses erronées qui ont trompé Washington


L’idée selon laquelle l’élimination de Khamenei
paralyserait immédiatement le système iranien et anéantirait sa capacité de guerre constitue en soi une grave erreur d’analyse. L’institution du Velayet-i Fakih (principe constitutionnel iranien confiant l’autorité politique suprême au juriste religieux) possède une structure très disciplinée et une histoire institutionnelle solide qui ne se limite pas à la révolution iranienne.
Il est vrai que Khamenei, âgé de 87 ans, possède une autorité liée à son expérience. Mais sa disparition pourrait paradoxalement offrir au système l’occasion de se renouveler.
Le guide religieux, âgé et expérimenté, pouvait également jouer un rôle d’équilibre en tempérant des courants plus jeunes et plus radicaux.
Sa mort pourrait au contraire ouvrir une période d’incertitude, marquée par l’émergence d’une direction moins prévisible.

Penser que la mort de Khamenei laisserait le chiisme iranien, héritier de plusieurs siècles de tradition, sans direction constitue probablement l’une des hypothèses les plus irréalistes qui ont encouragé cette guerre. Pour les États-Unis, le problème devient désormais l’incertitude : qui dirigera désormais et quelle orientation sera adoptée.

De plus, le fait que le guide soit désormais perçu par ses partisans comme un martyr pourrait renforcer une culture du deuil et de la vengeance capable de mobiliser la population iranienne contre une intervention étrangère.
Une telle situation affaiblirait également l’opposition interne. Dans ces conditions, les États-Unis aident-ils réellement l’opposition iranienne, ou offrent-ils au régime une occasion inattendue de se consolider ?
Il ne s’agit pas ici de suggérer l’existence d’un complot planifié. La sociologie enseigne depuis longtemps que les actions produisent souvent des résultats inattendus qui dépassent les objectifs initiaux. Les projets d’ingénierie sociale poursuivent un objectif, mais les résultats finaux peuvent être très différents, voire contraires.
Dans cette guerre aussi, il n’est pas difficile de prévoir que les résultats seront très éloignés de ce que les États-Unis et Israël avaient imaginé.
D’ailleurs, le conflit ne se limite déjà plus à l’Iran.
Les missiles et les drones iraniens ont visé des bases américaines et des infrastructures dans le Golfe. Des attaques ont été signalées à Bahreïn, à Oman et dans d’autres pays.
Des installations pétrolières et portuaires sont devenues des cibles, tandis que le transport énergétique dans le détroit d’Ormuz a été gravement perturbé.
Les attaques israéliennes contre le Liban et contre les infrastructures énergétiques iraniennes contribuent également à élargir la géographie du conflit.

Le véritable danger n’est pas encore apparu


Trois seuils critiques semblent désormais se dessiner.

Premièrement
, la crise autour
du détroit d’Ormuz
menace le cœur même du commerce énergétique mondial.
Deuxièmement
, aux États-Unis, les conséquences imprévisibles de cette guerre pourraient provoquer des secousses internes majeures : la perspective d’une guerre terrestre, l’effacement rapide du slogan
"America First"
au profit des priorités israéliennes, et l’ombre des dossiers Epstein pourraient provoquer des tensions politiques profondes.
Troisièmement
, l’implication plus directe de l’Irak, du Liban et du Yémen pourrait activer des réseaux régionaux et élargir considérablement le conflit.

Si ces trois évolutions se produisent simultanément, le Moyen-Orient pourrait connaître la plus grande guerre régionale depuis 1973. L’objectif des États-Unis et d’Israël était de modifier l’équilibre régional. Pourtant, la situation qui se dessine pourrait transformer davantage leurs propres positions que celles de leurs adversaires.

L’Iran changera lui aussi, mais probablement pas dans la direction souhaitée par ceux qui ont lancé cette guerre.
Il est également évident que la crise provoquée dans les flux mondiaux de pétrole et de gaz pourrait influencer la rivalité entre les États-Unis et la Chine, faciliter un assouplissement des restrictions pesant sur le pétrole russe et provoquer de nouveaux bouleversements dans les équilibres internationaux.
La question de savoir si ces conséquences ont été planifiées ou non continuera d’être posée.

Enfin, la hausse probable des prix du pétrole et les différents scénarios qui pourraient en découler doivent être analysés avec attention en ce qui concerne leurs effets possibles sur Türkiye, qui constitue l’une des préoccupations majeures dans l’ensemble de ces évaluations.

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