
Ahmed Harzallah passe désormais ses journées alité dans une modeste habitation du camp de réfugiés de Shati, à Gaza-ville, serrant contre lui les vêtements de son fils, tandis que son corps meurtri et sa vie brisée tentent de se relever d’une frappe aérienne israélienne qui a coûté la vie à l’adolescent et l’a rendu aveugle.
Âgé de 41 ans, Harzallah a perdu son unique fils, Odai, 13 ans, ainsi que la vue, à la suite d’une attaque de drone israélien menée près d’un abri situé à l’ouest de Gaza-ville, au cours de la guerre israélienne dévastatrice contre l’enclave.
La frappe a touché les abords d’une école de l’UNRWA, transformée en refuge pour les civils déplacés.
Il raconte être sorti vers 21 heures pour chercher Odai, qui avait l’habitude de jouer avec ses amis à proximité. Ils ont échangé quelques mots et ri ensemble, sans savoir qu’il s’agirait de leurs derniers instants partagés. Peu après, un drone israélien volant à basse altitude a frappé la zone, provoquant une violente explosion qui a projeté flammes, fumée et corps autour du site.
Des ambulances ont transporté l’enfant grièvement blessé vers le complexe médical al-Shifa, où les médecins ont tenté de le sauver. Odai est toutefois décédé environ quatre heures après le début de l’intervention chirurgicale.
Espoir qui s’éteint
En raison de la saturation d’al-Shifa, Harzallah a été transféré à l’hôpital Al-Quds, dans le quartier de Tal al-Hawa. Il a subi plusieurs opérations sans savoir que son fils était mort et enterré le lendemain matin.
Odai occupait une place centrale au sein de la famille, aidant à s’occuper de ses quatre sœurs, dont l’aînée a 15 ans et la plus jeune à peine un an. Dans la pièce où il passe désormais l’essentiel de son temps, le père serre les vêtements de son fils, les embrasse et les respire, comme s’il espérait le revoir.
Outre sa cécité, Harzallah a subi l’amputation de trois orteils du pied gauche et d’un doigt de la main droite. Il souffre également de graves blessures au genou et de lésions profondes aux intestins, au foie et au pancréas. Son œil gauche a été retiré, tandis que le droit a perdu la vue, bien que des médecins estiment qu’une intervention complexe pourrait éventuellement la restaurer.
Bien qu’il ait récemment obtenu une autorisation médicale pour se faire soigner à l’étranger, ses espoirs s’amenuisent alors qu’Israël maintient la fermeture du point de passage de Rafah avec l’Égypte, bloquant la majorité des évacuations médicales.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, près de 4 000 patients atteints de maladies oculaires risquent une perte partielle ou totale de la vue, parmi lesquels des blessés de guerre et des personnes privées de médicaments.
Les autorités avertissent que de nombreux cas deviendront irréversibles, évoquant le ciblage du système de santé de Gaza, y compris de l’hôpital ophtalmologique spécialisé de l’ouest de la ville.
La guerre israélienne a fait plus de 71 000 morts, majoritairement des femmes et des enfants, blessé plus de 171 000 personnes et détruit environ 90 % des infrastructures civiles, tandis que l’ONU estime le coût de la reconstruction à près de 70 milliards de dollars.









