Du palais présidentiel à l’extradition: la chute brutale de Damiba

Moussa Hissein Moussa
16:2523/01/2026, Cuma
Yeni Şafak

L’extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba du Togo vers le Burkina Faso marque un tournant politique majeur en Afrique de l’Ouest. Ancien président de transition arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2022 avant d’être renversé, Damiba est aujourd’hui poursuivi pour de graves accusations, dont corruption et tentative de déstabilisation. Cette affaire symbolise une possible remise en cause de l’immunité politique informelle dont bénéficiaient jusque-là de nombreux anciens dirigeants africains, tout en posant la question de l’indépendance et de la crédibilité des procédures judiciaires.

L’extradition de l’ancien président de transition burkinabè Paul-Henri Sandaogo Damiba marque un tournant politique majeur en Afrique de l’Ouest. Remis par le Togo aux autorités du Burkina Faso le 17 janvier 2026, l’ex-dirigeant est désormais confronté à la justice de son pays, accusé d’avoir fomenté plusieurs tentatives de déstabilisation, dont des projets de coup d’État et d’assassinat.


Au-delà du cas individuel, cette affaire relance une interrogation centrale dans l’actualité africaine: l’ère de l’immunité politique informelle accordée aux anciens dirigeants est-elle en train de prendre fin ?


Un court passage a la tête de l’ État


Arrivé au pouvoir en janvier 2022 à la suite d’un coup d’État contre le président élu Roch Marc Christian Kaboré, Damiba s’était présenté comme l’homme de la stabilité et de la lutte contre l’insécurité. Moins d’un an plus tard, en septembre 2022, il était à son tour renversé par un groupe de militaires conduits par le capitaine Ibrahim Traoré.


Contraint à l’exil, il avait trouvé refuge à Lomé, où il vivait sous la surveillance discrète des autorités togolaises.


Pendant plus de trois ans, son nom est resté au centre de nombreuses accusations en provenance de
Ouagadougou
. Les autorités burkinabè l’ont régulièrement désigné comme l’architecte de réseaux de déstabilisation, l’accusant d’entretenir des liens avec des officiers dissidents et des acteurs politiques hostiles au pouvoir en place.

Une trajectoire politique marquée par les coups d’État et l’exil


L’ascension puis la chute de
Paul-Henri Sandaogo Damiba
illustrent la volatilité du pouvoir politique dans un Burkina Faso fragilisé par l’insécurité et les crises institutionnelles. Arrivé à la tête de l’État dans un contexte de défiance envers le régime civil, il n’a pas réussi à consolider durablement son autorité ni à répondre aux attentes sécuritaires.

Son renversement en septembre 2022 a ouvert une nouvelle phase de transition, tandis que son exil au Togo s’est progressivement transformé en une situation juridiquement précaire. Depuis Lomé, l’ancien dirigeant a été accusé à plusieurs reprises par les autorités burkinabè d’être impliqué dans des tentatives de coup d’État, la plus récente datant du début du mois de janvier 2026.


Ces accusations répétées ont contribué à détériorer sa position diplomatique et à préparer le terrain à une coopération judiciaire entre Lomé et Ouagadougou.


Une extradition aux lourdes implications judiciaires et symboliques


Selon la justice togolaise,
Paul-Henri Sandaogo Damiba
a été arrêté à Lomé le 16 janvier 2026, en exécution d’un mandat d’arrêt accompagné d’une demande officielle d’extradition transmise par le Burkina Faso. La procédure s’est déroulée de manière rapide et coordonnée, aboutissant à sa remise aux autorités burkinabè le lendemain.

L’ancien président de transition est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, dont détournement de fonds publics, enrichissement illicite, corruption, blanchiment d’argent et incitation à commettre des crimes contre la sûreté de l’État. Des charges lourdes qui pourraient déboucher sur un procès à forte portée politique.


Cette extradition constitue un précédent notable en Afrique de l’Ouest, où les anciens chefs d’État ou dirigeants déchus ont longtemps bénéficié de mécanismes informels de protection, souvent liés à l’exil ou à des accords politiques tacites. Le transfert de Damiba vers Ouagadougou rompt avec cette pratique largement répandue.


Nul n’est au-dessus de la loi, quel que soit son statut passé


Pour les autorités burkinabè, l’objectif est de démontrer que nul n’est au-dessus de la loi, quel que soit son statut passé. Dans un contexte régional marqué par une succession de coups d’État et une forte attente populaire en matière de justice et de redevabilité, cette affaire revêt une dimension symbolique forte.


La chute de Damiba pose désormais une question centrale pour l’avenir politique africain: s’agit-il d’un cas isolé dicté par des circonstances exceptionnelles, ou du signe avant-coureur d’une nouvelle norme de responsabilité politique sur le continent ?


La réponse dépendra largement de la conduite du processus judiciaire, de sa transparence et de sa capacité à s’inscrire dans un cadre respectueux de l’État de droit, sous le regard attentif des opinions publiques africaines et internationales.


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