Israël reconnaît le Somaliland : un pari géopolitique dangereux dans la Corne de l’Afrique

Moussa Hissein Moussa
15:122/01/2026, Cuma
Yeni Şafak

La reconnaissance du Somaliland par Israël bouleverse les équilibres géopolitiques autour de la mer Rouge. Entre calculs sécuritaires, tensions diplomatiques et risques de fragmentation en Afrique, cette décision pourrait avoir des conséquences durables sur la Corne de l’Afrique.

Une reconnaissance qui rompt un consensus international


La décision de Israël de reconnaître officiellement le Somaliland constitue une rupture majeure avec la position jusque-là adoptée par la communauté internationale. Depuis son auto-proclamation d’indépendance en 1991, le Somaliland fonctionne comme un État de facto, doté de ses propres institutions politiques, sécuritaires et économiques.


Toutefois, aucun État n’avait franchi le seuil d’une reconnaissance officielle, afin de préserver l’intégrité territoriale de la Somalie et d’éviter l’ouverture d’un précédent aux conséquences imprévisibles pour l’Afrique.


Cette reconnaissance vient ainsi fragiliser un équilibre régional déjà instable, dans une zone marquée par des conflits persistants et des rivalités géopolitiques croissantes.


Le Somaliland, un territoire au cœur des routes stratégiques mondiales


La valeur géopolitique du Somaliland repose principalement sur sa localisation stratégique. Situé à proximité immédiate du détroit de Bab el-Mandeb, point de jonction entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, le territoire se trouve sur l’une des routes maritimes les plus cruciales du commerce mondial.


Une part significative des flux énergétiques et commerciaux internationaux transite par ce couloir étroit, devenu ces derniers mois un espace de forte militarisation.


Dans ce contexte, toute implantation sécuritaire ou diplomatique dans cette zone offre un avantage stratégique considérable, tant en matière de surveillance que de contrôle des flux maritimes.


Un calcul sécuritaire face au Yémen et aux Houthis


Pour Israël, cette reconnaissance s’inscrit dans une logique sécuritaire clairement assumée. La montée en puissance des Houthis au Yémen, leur capacité à perturber la navigation en mer Rouge et leur rôle dans les dynamiques régionales ont profondément modifié les équilibres stratégiques.


Le Somaliland apparaît dès lors comme un point d’appui potentiel permettant une meilleure anticipation des menaces, un accès logistique renforcé et une capacité de projection indirecte.


Dans cette configuration, le territoire devient un tremplin stratégique, intégré à une vision plus large de sécurisation des espaces maritimes et des lignes d’approvisionnement.


Une hypothèse explosive autour de la question palestinienne


Au-delà des enjeux sécuritaires, une autre inquiétude alimente les débats diplomatiques. Plusieurs capitales et médias internationaux évoquent la possibilité que le Somaliland puisse servir, à terme, de zone d’accueil forcée pour des Palestiniens, notamment en provenance de Gaza.


Bien que cette hypothèse ne soit pas confirmée officiellement, son évocation seule suffit à provoquer une onde de choc régionale.


Elle soulève des questions fondamentales liées au droit international, au déplacement des populations et à l’avenir du conflit israélo-palestinien, tout en accentuant les tensions dans la Corne de l’Afrique.


Condamnations régionales et rejet africain


La réaction de la Somalie a été immédiate. Mogadiscio dénonce une violation grave de sa souveraineté et une atteinte directe à l’ordre régional. Cette position est largement soutenue par plusieurs organisations régionales et internationales, dont l’Union africaine, la Ligue arabe et l’Organisation de la coopération islamique.


Pour de nombreux États africains, reconnaître le Somaliland revient à légitimer un séparatisme et à remettre en cause le principe d’intangibilité des frontières héritées de la décolonisation, pilier central de la stabilité continentale.


Les conséquences de cette reconnaissance dépassent largement le cadre du Somaliland. Elle intervient dans une région déjà fragilisée par des conflits internes, des rivalités régionales et une compétition accrue entre puissances internationales. Le risque est celui d’un effet domino, susceptible d’encourager d’autres revendications séparatistes et d’approfondir l’instabilité.


Si Israël peut y gagner un avantage stratégique immédiat, le coût diplomatique pourrait s’avérer élevé, avec un isolement accru et une détérioration durable du climat sécuritaire régional.


Un tournant géopolitique aux implications durables


Une chose apparaît désormais évidente : cette décision dépasse la seule question du Somaliland. Elle participe à une recomposition plus large des rapports de force autour de la mer Rouge, du Moyen-Orient et de l’Afrique de l’Est.


À moyen et long terme, ce choix pourrait marquer un tournant géopolitique durable, dont les répercussions continueront de façonner la Corne de l’Afrique bien au-delà du contexte immédiat.


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